(AfriquesPlus) - L’Afrique pourrait tirer jusqu’à 1 000 milliards de dollars de valeur économique supplémentaire grâce à l’intelligence artificielle d’ici 2035. Pour le Nigeria, l’enjeu est désormais de ne pas rester à la périphérie de cette transformation. Le pays veut développer les infrastructures, les compétences et les entreprises capables de produire ses propres solutions technologiques.
Dans un article publié ce 10 août 2026 à 00h10 par The PUNCH, le journaliste Justice Okamgba analyse cette ambition portée par Abuja. Le pays entend notamment profiter de la deuxième édition de GITEX NIGERIA, prévue du 31 août au 3 septembre à Abuja et Lagos, pour attirer investisseurs, entreprises technologiques et startups.
L’objectif dépasse la simple amélioration de la connectivité. Le Nigeria veut renforcer les capacités de calcul, les centres de données, la cybersécurité, la gouvernance des données et surtout la formation d’une main-d’œuvre capable de concevoir et de déployer des technologies d’intelligence artificielle. Le thème de l’événement « Beyond Connectivity: The Bridge to Sovereign Innovation » traduit cette volonté de passer de l’accès aux technologies à leur maîtrise.
Le gouvernement mise notamment sur le programme 3 Million Technical Talent (3MTT). Selon les données citées par GITEX NIGERIA, celui-ci comptait 1,87 million d’inscriptions dans les 774 collectivités locales du pays. Plus de 135 000 personnes auraient déjà bénéficié des trois premières vagues de formation.
À cette politique de formation s’ajoute Project BRIDGE, destiné à développer les infrastructures numériques et notamment les réseaux de fibre optique. Le programme pourrait générer jusqu’à 20 000 emplois directs et plus de 150 000 emplois indirects, tout en améliorant l’accès au haut débit dans les zones encore mal desservies.
Pour le ministre des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique, Bosun Tijani, cette stratégie doit permettre au Nigeria de renforcer son autonomie technologique. Il s’agit, dit-il, de bâtir les conditions d’une « souveraineté numérique, d’une autodétermination technologique et d’une économie compétitive alimentée par l’IA ».
Cette ambition répond à une préoccupation plus large : celle de la dépendance africaine à l’égard des technologies conçues ailleurs. À mesure que l’intelligence artificielle devient stratégique pour les États et les entreprises, la maîtrise des données, des infrastructures informatiques et des compétences devient un enjeu de puissance.
GITEX NIGERIA entend justement servir de plateforme à cette nouvelle bataille. Le sommet consacré au gouvernement et à l’IA se tiendra à Abuja le 31 août, avant l’exposition technologique, la conférence sur l’économie du futur et le festival des startups à Lagos les 2 et 3 septembre.
Pour Inuwa Abdullahi, directeur général de la National Information Technology Development Agency, l’enjeu ne se limite toutefois pas à adopter rapidement l’IA. Il faut également bâtir un environnement numérique fiable et sécurisé. L’écosystème recherché doit être conçu autour de la sécurité et accessible au plus grand nombre.
Lagos, principal centre économique et technologique du Nigeria, doit jouer un rôle central dans cette stratégie. Le gouverneur Babajide Sanwo-Olu estime que l’essor numérique du continent est intimement lié à celui de la métropole, appelée à renforcer son rôle de porte d’entrée des investissements technologiques en Afrique.
Mais le défi reste considérable. Les réseaux de fibre, les centres de données et les infrastructures nécessaires à l’IA exigent des investissements massifs. Le développement des startups suppose également des financements, des compétences et un marché suffisamment structuré pour absorber leurs innovations.
Pour Trixie LohMirmand, dirigeante de GITEX, l’enjeu est précisément de transformer cette dynamique technologique en opportunités économiques concrètes. Son message se veut offensif : « L'Afrique de l'Ouest est ouverte pour le business ». Derrière le pari nigérian sur l’intelligence artificielle se dessine donc une ambition plus large : faire du pays non plus seulement un grand marché pour les technologies étrangères, mais un producteur et exportateur de solutions numériques africaines.