(AfriquesPlus) - La répression silencieuse qui s'abat sur l'Ouganda vient d'être cruellement mise en lumière sur les réseaux sociaux. Près d'un an après sa disparition forcée, une vidéo de l'opposant politique Sam Mugumya, affaibli et dans un état physique inquiétant, est réapparue en ligne. Comme l'indique une dépêche de l'Agence France-Presse (AFP) publiée le 4 août 2026, ces images relancent les graves accusations visant le régime du président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 40 ans et réélu en janvier dernier lors d'un scrutin entaché d'irrégularités.
Sam Mugumya, 47 ans, est l'assistant de Kizza Besigye, l'un des principaux détracteurs du pouvoir, lui-même enlevé au Kenya en 2024 et aujourd'hui hospitalisé en soins intensifs après 20 mois de détention pour "trahison". Candidat à la députation, M. Mugumya aurait été kidnappé par des militaires le 26 août 2025, rappelle Anthony Asiimwe, vice-président du barreau ougandais, qui s'est saisi du dossier sur le plan judiciaire.
Dans la vidéo, devenue virale, l'opposant apparaît « famélique, assis sur une chaise près d’un déambulateur ». Une métamorphose physique qui a provoqué l'effroi de ses proches. Edinansi Katungwesi, sa mère de 83 ans, a confirmé son identité auprès de l'AFP, affirmant que son fils, qui a toujours été « de corpulence moyenne », allait bien avant sa disparition. « Depuis qu'il a été kidnappé il y a des mois, je n’ai eu aucune nouvelle. Je n’ai vu que cette vidéo qui le montre détruit et squelettique », a-t-elle témoigné, accusant directement le gouvernement de lui avoir « pris » son enfant.
Malgré les démarches entreprises par la justice, l'armée ougandaise refuse d'endosser la moindre responsabilité. En septembre 2025, un responsable du ministère de la Défense avait même juré sous serment que l'opposant n'avait « à aucun moment été détenu » par leurs services.
Pour les militants des droits de l'homme, le calvaire de Sam Mugumya s'inscrit dans un schéma systématique de terreur d'État. Agather Athuaire, défenseure ougandaise des droits humains, dénonce « un régime criminel qui enlève et torture afin de réduire les gens au silence en leur inspirant la peur ».
Cette stratégie de l'étouffement vise l'ensemble de l'opposition. Le même jour, Human Rights Watch (HRW) s'est indignée du sort de Muwanga Kivumbi, un ancien député détenu au secret pendant près de trois semaines et accusé d'« incitation à la violence ». D'après l'ONG, M. Kivumbi a déclaré devant les juges avoir été « frappé à coups de pied et de poing ».
Une version qui contraste avec la posture publique de Yoweri Museveni. Lundi, dans une lettre sur le réseau social X, le chef de l'État a fermement nié toute implication, jurant n'avoir « jamais torturé un adversaire, ni ordonné à qui que ce soit de le faire ». Une déclaration que les images de Sam Mugumya semblent aujourd'hui lourdement contredire.