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Patrice Lumumba, récit d'un complot occidental contre l'indépendance congolaise
Dans un article détaillé publié par Mediapart, la journaliste Fanny Pigeaud revient sur l'effroyable machination internationale qui a conduit à l'assassinat de ce dirigeant panafricaniste, perçu à tort par l'Occident comme une menace soviétique
 

(AfriquesPlus) - Au lendemain de l'indépendance du Congo à l'été 1960, le Premier ministre Patrice Lumumba se retrouve au centre d'une violente crise politique et territoriale, marquée par les sécessions du Katanga et du Kasaï. 

Dans un article détaillé publié le 3 août 2026 par Mediapart, la journaliste Fanny Pigeaud revient sur l'effroyable machination internationale qui a conduit à l'assassinat de ce dirigeant panafricaniste, perçu à tort par l'Occident comme une menace soviétique.

L'hostilité envers Lumumba s'organise d'abord depuis la Belgique, ancienne puissance colonisatrice, fermement opposée à perdre la mainmise sur les ressources congolaises. Cette défiance gagne rapidement les chancelleries occidentales, obnubilées par la guerre froide. Aux États-Unis, le directeur de la CIA, Allen Dulles, dépeint le Premier ministre comme « un jeune révolutionnaire au caractère douteux [...] qui risque fort de se retrouver dans l’orbite de Moscou ».

Cette rhétorique est largement relayée par une presse européenne virulente, orchestrant « une véritable campagne de démonisation » selon le sociologue Ludo De Witte, cité par Mediapart. Pourtant, comme le rappelle l'historien Didier Gondola, « Patrice Lumumba n’est ni communiste ni révolutionnaire radical » ; il ambitionne simplement l'indépendance économique de son pays en coopérant sur un pied d'égalité avec les puissances étrangères.

L'engrenage fatal : de la destitution à l'assassinat

Face au refus d'aide des Occidentaux, Lumumba sollicite Moscou pour mater les rébellions, scellant ainsi son sort. En août 1960, le président américain Eisenhower lâche l'ordre implicite de s'en débarrasser : « Get rid of him ». Dès lors, les services secrets belges et américains (CIA) financent ses opposants. En septembre, il est destitué, puis placé en résidence surveillée par le colonel Mobutu, qui a pris le pouvoir avec le soutien financier de Washington et de Bruxelles.

La popularité de Lumumba restant forte, ses adversaires décident de l'éliminer physiquement après une tentative d'évasion avortée fin 1960. Le 17 janvier 1961, il est secrètement transféré vers le Katanga sécessionniste, accompagné de Maurice Mpolo et Joseph Okito. Durant le vol, puis à leur arrivée, les trois hommes sont violemment torturés. Le soir même, « ils sont fusillés par des militaires et des policiers locaux, sous la supervision de responsables belges et avec l’aval des autorités katangaises ».

Conscient de la fin tragique qui l'attendait, Lumumba avait pris le soin d'exfiltrer trois de ses enfants vers l'Égypte de Nasser, rappelle le témoignage émouvant de sa fille Juliana, recueilli par Mediapart.

Pour parachever ce crime d'État, les dépouilles des trois martyrs sont exhumées, découpées et dissoutes dans de l'acide sulfurique par un commissaire de police belge et ses hommes. Il aura fallu attendre l'an 2000 pour que la Belgique, acculée par le travail des chercheurs, ouvre une commission parlementaire reconnaissant enfin la « responsabilité morale » de certains de ses officiels dans cet assassinat historique.

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