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Biya verrouille l'armée depuis son exil prolongé en Europe
Invisible depuis près de deux mois, le plus vieux chef d'État au monde a opéré lundi un vaste remaniement au sein de son haut commandement militaire. Une série de décrets destinée à asseoir son autorité malgré les rumeurs sur son état de santé
 

(AfriquesPlus) - Un bouleversement sécuritaire orchestré dans le plus grand secret, loin des frontières nationales. Alors qu'il n'a pas fait la moindre apparition publique depuis près de deux mois, le président camerounais Paul Biya vient de procéder à une refonte majeure de son haut commandement militaire. 

D'après les informations rapportées le 4 août 2026 par l'agence Reuters, le chef de l'État, âgé de 93 ans, a acté lundi une série de trois décrets modifiant profondément la hiérarchie de l'armée.

Diffusées sur les ondes de la radio nationale, ces décisions présidentielles touchent les postes les plus névralgiques de la défense du pays. Le dirigeant a notamment promu le chef de la puissante Garde présidentielle, qui passe du grade de colonel à celui de général de brigade. Le remaniement s'étend à l'échelle du territoire, avec le remplacement des commandants à la tête de quatre des cinq régions militaires interarmées que compte le Cameroun.

La Brigade d'intervention rapide hérite également d'un nouveau chef, tandis que le général de division Ebaka Hippolyte a été promu au sein de l'état-major général des armées. L'agence Reuters précise que plusieurs brigades d'infanterie motorisée sont aussi concernées par ces vastes ajustements.

Le mystère de Genève et l'inquiétude grandissante

Si ces nominations démontrent que la signature présidentielle reste active, elles contrastent frontalement avec le silence qui entoure la situation personnelle du chef de l'État. Plus vieux dirigeant en exercice au monde et aux manettes du pays depuis 1982, Paul Biya s'est envolé le 7 juin dernier pour ce que la communication officielle de la présidence avait alors justifié comme un « bref séjour privé en Europe ».

Cinquante-huit jours plus tard, cette absence — l'une des plus longues jamais enregistrées pour le dirigeant — cristallise les tensions dans ce pays producteur de pétrole et de cacao. L'âge très avancé du président nourrit d'intenses spéculations quant à son état de santé réel et sa capacité à gouverner. L'inquiétude est telle que le parti au pouvoir a dû convoquer une réunion de crise inhabituelle le mois dernier face aux critiques de l'opinion publique.

Muet face aux sollicitations de l'agence de presse britannique, le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a néanmoins tenté de rassurer la population en fin de semaine dernière. Interrogé dimanche sur les ondes de la radio française RFI, il a martelé que « le président est en vie » et qu'il devrait bientôt regagner le Cameroun. En attendant, c'est depuis l'étranger que Paul Biya continue de verrouiller le dispositif militaire de son pays.

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