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Cameroun : au procès Martinez Zogo, le colonel Otoulou met directement en cause Amougou Belinga
Le témoignage du colonel Jean-Pierre Otoulou a marqué un tournant dans le procès de l'assassinat de Martinez Zogo. La défense conteste fermement ses déclarations.
 

Le 34e témoin à charge, le colonel Jean-Pierre Otoulou, a livré un témoignage de plus de cinq heures devant le tribunal militaire de Yaoundé. Il a présenté de nouveaux éléments de l'enquête et affirmé que l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga était le commanditaire présumé de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo. Des accusations vivement contestées par la défense.

Le procès de l'assassinat du journaliste camerounais Martinez Zogo a connu un nouveau tournant, mardi 4 août, devant le tribunal militaire de Yaoundé. Appelé à la barre en qualité de 34e témoin à charge, le colonel Jean-Pierre Otoulou, ancien commandant de la Légion de gendarmerie du Centre, a livré un témoignage détaillé de plus de cinq heures, revenant sur les principales conclusions de l'enquête.

Dès l'ouverture de l'audience, une requête déposée par la défense a été rejetée par le président du tribunal, qui l'a jugée dilatoire et non conforme aux dispositions légales. Cette décision a permis la poursuite immédiate de l'audition du témoin.

 De nouveaux éléments au cœur des débats

Le colonel Otoulou a indiqué disposer de nouveaux éléments matériels, notamment un support vidéo, suscitant une vive réaction des avocats de la défense. Ceux-ci ont contesté la recevabilité de cette pièce, estimant qu'elle avait été écartée lors de l'instruction et qu'elle ne pouvait être produite à ce stade de la procédure.

Le ministère public a toutefois soutenu que le document figurait bien dans le dossier judiciaire, coté et paraphé, permettant ainsi sa prise en compte par le tribunal.

Amougou Belinga désigné comme commanditaire présumé

Au cours de son témoignage, le colonel Otoulou est revenu sur les auditions menées au début de l'enquête. Selon lui, l'ancien directeur général de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), Léopold Maxime Eko Eko, avait orienté les enquêteurs vers Jean-Pierre Amougou Belinga et le lieutenant-colonel Justin Danwe.

Le témoin a affirmé devant la cour que Jean-Pierre Amougou Belinga était, selon les éléments recueillis par les enquêteurs, le commanditaire présumé de l'opération ayant conduit à l'enlèvement et à la mort du journaliste.

 Les déclarations de Justin Danwe

Le colonel Otoulou a également évoqué les déclarations du lieutenant-colonel Justin Danwe, principal accusé dans ce dossier. Selon le témoin, celui-ci aurait reconnu avoir dirigé l'opération et déclaré avoir reçu deux millions de francs CFA pour son organisation, ainsi que 500 000 francs CFA supplémentaires à la veille de son exécution.

Toujours d'après le témoignage présenté à l'audience, ces versements s'inscrivaient dans une demande plus large d'avance de solde et auraient été effectués dans le cadre de la mission confiée au groupe d'intervention.

 Des éléments matériels et numériques présentés

Le témoignage du colonel Otoulou s'est également appuyé sur plusieurs éléments matériels recueillis au cours de l'enquête. Il a notamment évoqué l'identification d'un véhicule Prado noir grâce à des vidéos amateurs, ainsi que la découverte d'une cagoule, de ficelle et d'une arme de type VZ lors des perquisitions.

Le témoin a aussi insisté sur les analyses des communications téléphoniques, qui auraient révélé une intensification des échanges entre Justin Danwe et Jean-Pierre Amougou Belinga durant les jours précédant l'enlèvement de Martinez Zogo. Il a affirmé que plusieurs messages WhatsApp avaient été supprimés et qu'un téléphone utilisé pour ces échanges n'avait jamais été retrouvé.

Le colonel a également signalé la disparition de plusieurs téléphones appartenant à Léopold Maxime Eko Eko entre le 29 et le 31 janvier 2023, un élément qu'il considère comme significatif dans le déroulement de l'enquête.

## Le dossier de l'iPhone de Mélissa Amougou

Autre point développé devant le tribunal : la tentative de récupération d'un iPhone 12 appartenant à Mélissa Amougou. Selon le témoin, les enquêteurs avaient localisé l'appareil chez un réparateur de Biyem-Assi, à Yaoundé, après qu'il y avait été déposé par une employée travaillant au domicile de Jean-Pierre Amougou Belinga.

L'appareil n'aurait toutefois jamais été remis aux enquêteurs. Pour les avocats de la famille de Martinez Zogo, cette disparition constitue un élément susceptible d'avoir compromis une partie de l'enquête.

## Une défense qui rejette les accusations

Face à ces déclarations, les avocats de Jean-Pierre Amougou Belinga ont fermement contesté le témoignage du colonel Otoulou. Me Charles Tchoungang a estimé que celui-ci comportait plusieurs contradictions et a soutenu que les conclusions de l'expertise judiciaire ne permettaient pas d'établir un lien entre son client et l'enlèvement ou l'assassinat du journaliste.

D'autres membres de la défense ont dénoncé une enquête qu'ils jugent orientée dès son lancement et ont remis en cause la valeur probante des nouveaux éléments présentés à l'audience.

## Un procès à un tournant décisif

À l'issue de cette longue audience, le tribunal militaire a renvoyé l'affaire afin de permettre le contre-interrogatoire du colonel Jean-Pierre Otoulou.

Près de trois ans après l'assassinat de Martinez Zogo, ce témoignage marque une étape importante dans un procès très suivi au Cameroun. Les prochaines audiences devraient permettre à la défense de répondre point par point aux accusations portées devant la juridiction militaire, avant que le tribunal n'apprécie la valeur de ces éléments dans sa décision finale.
 

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