(AfriquesPlus) - C'est une crise diplomatique majeure qui se joue autour d'un luxueux hôtel particulier parisien. Selon un article de Mathieu Olivier paru le 5 août 2026 dans Jeune Afrique, les relations entre la Guinée équatoriale et la France sont au bord de la rupture.
Au cœur de la discorde : le mythique immeuble du 42 avenue Foch, ancienne résidence fastueuse de Teodoro Nguema Obiang Mangue (alias « Teodorín »), le fils aîné du chef de l'État et vice-président équato-guinéen.
Confisqué définitivement par la justice française à la suite de la condamnation de Teodorín en appel pour blanchiment dans l'affaire retentissante des « biens mal acquis », ce bâtiment de plus de 100 pièces (estimé à plus de 100 millions d'euros) a récemment été placé sous scellés par les autorités françaises.
Seuls les bureaux abritant les services consulaires ont été épargnés, Malabo s'obstinant à revendiquer le statut diplomatique de l'ensemble de l'édifice, malgré un désaveu de la Cour internationale de justice (CIJ).
Furieux, Teodorín Obiang a d'abord limogé son propre ambassadeur en France, Carmelo Nvono-Ncá. Il a nommé pour le remplacer Juan Ndong Nguema Mbengono, mais lui interdit de présenter ses lettres de créance à Paris tant qu'il ne sera pas autorisé à emménager au 42 avenue Foch. Jeune Afrique décrit cette manœuvre comme « une manière de mettre la pression sur Paris ».
Chantage diplomatique et spectre russe
Mais les menaces de Malabo vont bien au-delà de la simple pression administrative. Le vice-président a exigé de son ministre des Affaires étrangères, d'après JA, qu'il convoque l'ambassadeur de France en Guinée équatoriale, Laurent Polonceaux, pour lui délivrer un ultimatum cinglant : si la saisie et la mise en vente de l'immeuble parisien deviennent définitives, le diplomate français sera expulsé « dans un délai de quarante-huit heures ».
Malabo prévoit également des représailles immobilières. Le gouvernement se dit prêt à saisir le terrain de l'ambassade de France dans sa capitale, ainsi qu'à réquisitionner les locaux de la Maison de la francophonie située à Bata.
Plus inquiétant encore sur le plan géopolitique, cette crise ouverte avec Paris pousse la Guinée équatoriale dans les bras de la Russie. Alors que des instructeurs du groupe paramilitaire russe Africa Corps (qui a succédé à Wagner) déploient une présence croissante dans le pays, Teodorín Obiang menace de fermer l'École navale de Tica.
Créée dans le cadre d'un partenariat de défense avec la France, cette institution forme aujourd'hui plusieurs marines nationales de la région du golfe de Guinée. Une fermeture qui offrirait à Moscou une occasion en or de consolider son emprise sécuritaire en Afrique centrale.