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La cocaïne redessine les routes du Sahara
Le trafic de cocaïne continue de prospérer au Sahara malgré les coups d’État et les recompositions militaires. Du Mali à la Libye, les réseaux déplacent leurs routes et recomposent leurs alliances pour s’adapter aux nouveaux rapports de force
 

(AfriquesPlus) - Les coups d’État, les offensives militaires et les recompositions sécuritaires n’ont pas mis fin au trafic de cocaïne au Sahara. Ils ont contraint les réseaux à déplacer leurs itinéraires, à modifier leurs alliances et à trouver de nouveaux relais. C’est l’un des constats du rapport du Global Initiative against Transnational Organized Crime (Gi-Toc) consacré au Mali, au Niger et à la Libye, analysé par Mondafrique dans un article publié ce 16 septembre 2026.

Le rapport, intitulé « Cocaïne et conflit : Mali, Niger et Libye », décrit un trafic qui continue de prospérer malgré les bouleversements politiques et sécuritaires de la région. Il met également en évidence les liens entre cette économie clandestine, les groupes armés et la fragilisation des institutions publiques.

Selon le Gi-Toc, les groupes armés, y compris djihadistes, jouent un rôle important dans l’économie du narcotrafic sans nécessairement en contrôler directement le commerce. Ils peuvent assurer la protection des convois, sécuriser certains itinéraires ou faire payer des droits de passage dans les territoires qu’ils contrôlent. L’organisation estime notamment que l’État islamique au Sahel a accru son accès aux revenus liés au trafic depuis la fin de 2023.

Les réseaux de cocaïne utilisent des itinéraires anciens de contrebande, auxquels se sont ajoutés de nouveaux axes. Une partie de la drogue arrive par les ports de l’Atlantique et du golfe de Guinée avant de remonter vers le Sahara via le Mali ou le Niger. Les trafiquants s’appuient sur des réseaux déjà utilisés pour le cannabis, les cigarettes, les médicaments ou les véhicules. Le Gi-Toc souligne l’interconnexion entre ces différents acteurs et leur capacité à adapter rapidement leurs routes aux évolutions sécuritaires.

Le rapport relève une forte progression du trafic transsaharien entre 2019 et 2023, favorisée par l’augmentation de la production latino-américaine, la demande européenne et le renforcement des contrôles sur certaines routes maritimes. Des arrangements entre acteurs armés et des complicités présumées au sein de certains appareils sécuritaires ou politiques auraient également contribué à faciliter la circulation des cargaisons.

Les bouleversements intervenus à partir de 2023, notamment les coups d’État et la reprise des combats au Mali, ont toutefois perturbé ces circuits. Au Mali, les trafiquants ont déplacé une partie de leurs itinéraires vers Gao et Ménaka en direction du Niger. Au Niger, le coup d’État de juillet 2023 aurait provoqué la disparition temporaire de certains mécanismes de protection dont bénéficiaient les réseaux. Mais le Gi-Toc estime qu’une reconstitution progressive du trafic est observable depuis la mi-2025, avec notamment l’apparition de nouveaux dispositifs de protection liés à des groupes auxiliaires de sécurité favorables au pouvoir.

En Libye, les équilibres établis depuis 2020 ont également été perturbés par les affrontements apparus dans le Fezzan à partir de 2025. Des sources citées par le rapport estiment que 60 à 70 kilogrammes de cocaïne transiteraient chaque mois par les secteurs de Salvador et Mourzouk, dans le sud du pays. Les trafiquants doivent toutefois composer avec la multiplication des tensions entre groupes armés et avec les changements de contrôle des routes.

Mondafrique souligne enfin le rôle de plusieurs trafiquants et intermédiaires régionaux, solidement implantés au Mali, au Niger et en Libye. Certains entretiennent des relations avec des acteurs politiques, militaires ou sécuritaires et peuvent intervenir dans des opérations de médiation ou de protection. Pour le Gi-Toc, cette économie clandestine dépasse ainsi le simple commerce de stupéfiants : ses revenus peuvent contribuer au financement d’acteurs armés, modifier les rapports de force locaux et fragiliser durablement les institutions étatiques.

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