Les pays d’Afrique subsaharienne dont sont originaires les migrants, chassés d’Afrique du Sud avec une violence qui emprunte son mode opératoire à la barbarie dans ce qu’elle a de plus ignoble, ont libéré - nous disons bien libéré - l’Afrique du Sud d’une barbarie analogue - barbarie est barbarie ni plus ni moins - sans que personne ne sache, si oui ou non, le prix payé pour émanciper de l’ignominie les frères et les sœurs sud-africains est porté à la connaissance des rescapés de l’apartheid dont l’arc-en-ciel devrait suffire à les dissuader à jamais d’embrasser une identité au détriment d’une autre. Africaine celle-là !
Combien parmi les rescapés de l’apartheid savent à quel point avait été décisif le soutien politique et diplomatique de l’Organisation de l’Union africaine (OUA) - 53 pays africains à la date de son remplacement, en 2002, par l’Union africaine (UA) - à travers la coordination des actions de boycott de l’Afrique du Sud raciste sur la scène internationale ? Des pays de la Ligne de front - zone d’affrontement des forces ennemies - comme la Tanzanie, la Zambie, le Botswana, le Mozambique, l'Angola et le Zimbabwe constituèrent un bloc politique compact et solidaire qui se distingua par l’offre gracieuse d’une tribune politique inédite au Congrès national africain (ANC) et aux autres mouvements de libération en ordre de bataille contre la pire des discriminations raciales dans le monde. Sans l’accueil de centaines de milliers d’exilés sud-africains par les pays voisins, l’hébergement par l’Angola et la Zambie de bases arrière en dépit des représailles innommables du régime raciste de Pretoria, les contributions financières directes, de pays comme le Nigeria et le Zaïre, aux mouvements anti-apartheid et aux familles de résistants, l’affranchissement aurait duré beaucoup plus longtemps encore pour venir à bout de la pieuvre sans cesse hantée par celui que le qualificatif « Unique » - choisi par l’éditorialiste du New York Times Thomas Friedman dans son article d’opinion, paru le 10 décembre 2013, Why Mandela Was Unique - suffit à le désigner. Celui par qui, sous les signes de la xénophilie et de la paix au Moyen-Orient et en Ukraine, tout commence et se termine dans ces lignes.
Nelson Mandela
Né en 1918 dans la province d'Umtata, au sud du Lesotho, Nelson Rolihlahla Mandela est le fils d'un chef local Thembu. Le jeune Mandela étudie à Fort Hare et à l'université de Witwatersrand où il obtient un diplôme de droit en 1942. En 1944, Nelson Mandela adhère au Congrès National Africain (ANC). Après son arrivée au pouvoir en 1948, le Parti National introduit l'apartheid (ségrégation raciale). Mandela et l'ANC organisent la résistance. Arrêté et jugé pour trahison en 1956, le militant de l'ANC est acquitté en 1961. Le 21 mars 1960, la police sud-africaine ouvre le feu sur une foule de manifestants. Soixante-neuf (69) personnes sont tuées et près de 200 autres blessées. C'est le massacre de Sharpeville auquel s'ajoute l'interdiction de l'ANC. Mandela surseoit alors à la non-violence et fonde l'organisation militaire Umkhonto we Sizwe. Condamné, en 1962, à 5 ans de travaux forcés, Nelson Mandela est inculpé de sabotage, trahison et complot. En 1964 Mandela écope de la prison à vie et passe 27 ans derrière les barreaux avant d'être libéré en 1990. L'interdiction de l'ANC est levée. En 1994, Nelson Mandela est élu président de l'Afrique du Sud à la suite des premières élections libres de l'histoire de son pays.
« Si Mandela est un modèle pour l'Afrique contemporaine, (...), il doit l'être au moins autant par son action, sa patience et son sacrifice, que par l'exemplarité de ses principes, par l'inflexibilité de sa morale et sa croyance qui n'a jamais faibli dans le règlement légal des différends. » « Pour faire la paix, avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé », écrit Nelson Mandela dans son livre-mémoire intitulé « Un long chemin vers la liberté ».
Deux passages de la lettre ouverte, trop longtemps attribuée à tort à Nelson Mandela, à l’éditorialiste Thomas Friedman permettent de cerner la vie et l'œuvre de celui qui partagea, en 1993, le prix Nobel de la paix avec le président sud-africain F.W. de Klerk. À l'entame de ladite lettre, son véritable auteur, le droit-de-l’hommiste néerlando-palestinien, Arjan El Fassed, rappela au journaliste du New York Times quelques-unes des paroles tirées du procès de Madiba. « J'ai combattu contre la domination blanche et j'ai combattu contre la domination noire. J'ai chéri l'idéal d'une société libre et démocratique dans laquelle les personnes vivent ensemble en harmonie avec les mêmes chances. C'est un idéal pour lequel je vis et que j'espère accomplir. Mais si besoin en est, c'est un idéal
pour lequel je suis prêt à mourir. » Pour conclure, Arjan El Fassed, s'adressa au journaliste comme dans une sévère mise en garde : « Si vous voulez la paix et la démocratie, je vous soutiendrai. Si vous voulez formaliser l'apartheid nous ne vous soutiendrons pas. Si vous voulez soutenir la discrimination raciale et le nettoyage ethnique nous nous opposerons à vous. Quand vous aurez pris votre décision passez-moi un coup de fil ». Arjan El Fassed reprochait à l'éditorialiste du New-York Times sa lecture biaisée de la question palestinienne. Il n'acceptait pas que l'auteur du papier incriminé réduisît le combat des Palestiniens pour la « liberté, la libération et l'égalité » à la seule revendication d'un « Etat » pour la Palestine. Arjan El Fassed s'efforça de montrer à Friedman que « les réponses de l'Afrique du sud en matière de violation des droits humains provenant des politiques de déportation et des politiques d'apartheid ont mis en lumière ce que la société israélienne doit nécessairement accomplir avant que l'on puisse parler d'une paix juste et durable au Moyen-Orient ».
L’interpellation épistolaire de l'éditorialiste du New York Times par l’ancien parlementaire Arjan El Fassed permet d'isoler six principes dont dépend considérablement la paix dans le monde. Il s'agit de la Tolérance - à côté de l’effigie de Madiba, le graphique situé à gauche de l’image en illustration de cette contribution en est une représentation - de la Démocratie, du Respect des Minorités, de la Liberté, de l'Égalité et de la Sécurité. La pondération de chacune d'elles et le calcul de la moyenne pondérée qui en résulte permet de déterminer une valeur que nous considérions en août 2003 comme l'Indice Mandela pour la Paix (IMP). Le texte intégral sur l’IMP est l’une des 54 chroniques du recueil (p.173-177) publié en octobre 2023 aux Éditions Xamal (Saint-Louis du Sénégal) sous le titre « Nous avons choisi la République… »
Nous nous appuyons aujourd’hui encore sur le texte d’Arjan El Fassed pour mettre en relief la violation des droits humains et du droit international par l’État d’Israël. Deux listes maléfiques informent sur les entorses aux droits humains et au droit international par l’État d’Israël Dans la première liste, les actes et attitudes incriminés sont la Dépossession, le Racisme, la Discrimination et la Séparation des communautés. Dans la seconde, figurent l'Occupation, la Domination, la Déportation, l'Incarcération, la Torture et l'Ethnocide. L'IMP le plus faible correspond à une ou plusieurs éléments des listes maléfiques.
Nous pensions en août 2003 qu'en validant l'IMP par suite de l'amélioration de la liste des principes qui le sous-tendent et de la méthode de calcul, la communauté internationale disposerait d'un nouvel instrument d'indexation lui permettant de faire prendre conscience aux pays et aux communautés qui les peuplent de la nécessité de défendre et de promouvoir les droits humains et le droit international. Un rapport annuel sur l'IPM dans le monde devrait assurer la pérennité de l'action en faveur des droits en hommage au président Nelson Rolihlahla Mandela. Mais la Global Peace Index (GPI) n’existait-elle pas en 2003 ? La GPI existait et existe toujours. Mais le but de la manœuvre ici est d’éviter de déconnecter le calcul de l’IMP du Moyen-Orient qui manque d’eau comme pour ne jamais manquer de larmes à essuyer.
Mesure unique de la xénophilie
La lettre d’Arjan El Fassed aurait bien pu être celle de Madiba. S’il en avait aujourd’hui les moyens depuis les étoiles, c’est sans doute aux xénophobes sud-africains que Nelson Mandela écrirait. À la longue liste des indices universels s’ajoute alors celui composite de la xénophilie dans le monde.
Hormis la Tourism Xenophilia Scale - Échelle de xénophilie touristique - qui matérialise la manifestation du besoin d’altérité d’un individu et d’engagement auprès des populations locales, il n’existe pas jusqu’au jeudi 17 septembre 2026 à 00:00 - date et heure exactes auxquelles ce texte xénophile est conclu par son auteur - d’indice unique, officiel et universel, de mesure de l’acceptation et de l’empathie réciproques pour l’étranger d’où qu’il vienne.
Appelé Indice Mandela de mesure de la xénophilie (IMMEX)) opposée à la xénophobie, l’outil revendiqué dans ce texte a besoin d’une représentation itinérante. Rokhaya Diallo - pressentie - est née le 10 avril 1978 à Paris. Journaliste, réalisatrice et écrivain, elle se voit attribuer en 2012 le Prix de La Lutte contre le Racisme et les Discriminations par l'ONG COJEP International. Affilié aux Nations unies et au Conseil de l’Europe, le COJEP - Conseil pour la Justice l'Égalité et la Paix) - milite pour « l’intégration des peuples issus de l’immigration, le vivre-ensemble, la citoyenneté et la lutte contre le racisme et les discriminations ». Qui mieux que le Prix COJEP 2012 plaiderait la cause multidimensionnelle de la xénophilie à travers le monde. Au moment où nous consacrons à Rokhaya Diallo un ouvrage épais sur sa pensée, nous sommes allés la chercher là où nous sommes certains d’entendre sa voix. En voici un fragment sur l’immigration et l’immigré.e :
« Je pense quand même que la liberté de circulation, elle est propre à la condition humaine. Je pense que c'est important de rappeler qu'elle est aussi consacrée par la déclaration universelle des droits humains et que tout être humain, en théorie, doit avoir le droit de s'établir à un endroit où il n'est pas né. Ce qu'on oublie aussi nous en tant que Français, c'est qu'on a cette faculté de se projeter dans à peu près n'importe quel pays dans le monde, on ne se pose pas autant de questions quand on veut circuler, que ce soit pour des raisons de curiosité touristique ou pour des raisons d'immigration, d'expatriation, alors que d'autres sont contraints de rester dans leur pays d'origine parce que leur passeport a moins de valeur que le nôtre. »
L’intellectuelle française d’origine sénégalo-gambienne parle aussi aux « nationalistes » sénégalais xénophobes si ridicules qu’ils ne se rendent même pas compte qu’ils veulent juste usurper à la police nationale sa mission régalienne pour en faire un programme politique gagnant. Il est évidemment beaucoup plus difficile d’être un gardien de la paix consciencieux sur le terrain que de savourer sa part de cadeau pour être devenu un commis retors à la faveur d’une victoire électorale que confère plus aisément la démagogie - la faute à l’étranger qui trime pour vivre.
De son vivant, face à la chasse aux migrants venus de pays africains voisins ou non de la nation arc-en-ciel, Nelson Mandela n’aurait pas été mieux servi qu’il ne l’aurait été par lui-même en s’adressant à ses concitoyennes et concitoyens sud-africains tous débiteurs, du temps de l’apartheid, auprès de l’Afrique créancière et définitivement muette pour tout ce qui se rapporte au remboursement des créances africaines anti-apartheid. L’indice Mandela de mesure de la xénophilie chez eux les dissuaderait-il d’être ingrats ? Il n’y a en tout cas aucun mal à le leur faire découvrir en enrichissant la liste des indices universels par celui grâce auquel est mesurée la xénophilie partout dans le monde.