(AfriquesPlus) - Une enquête menée par Lighthouse Reports, en partenariat avec le Financial Times et Le Monde, révèle que plusieurs milliers de tonnes d’uranium auraient quitté la République démocratique du Congo entre 2000 et 2024, mélangées aux exportations de cobalt destinées principalement à la Chine. Publiée le 30 juillet 2026, cette investigation s’appuie notamment sur un ancien document confidentiel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), datant de 2009, ainsi que sur une étude scientifique publiée dans la revue Nature Communications.
Selon les chercheurs cités par l’enquête, entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium auraient ainsi été exportées sous forme de sous-produit du cobalt congolais. Le phénomène concernerait particulièrement la région du Katanga, riche en cuivre et en cobalt, mais également connue historiquement pour ses gisements d’uranium. Cette zone avait notamment fourni une partie de l’uranium utilisé dans le cadre du projet Manhattan pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le cœur de l’enquête porte sur le site de Tenke Fungurume Mining (TFM), l’un des plus importants producteurs de cobalt en RDC, aujourd’hui contrôlé par le groupe chinois Cmoc. Des documents internes consultés par les journalistes font état de concentrations élevées d’uranium dans certains lots de cobalt, atteignant jusqu’à 1 100 parties par million en 2016. L’enquête affirme que des procédés permettant de retirer l’uranium existaient, mais qu’ils n’auraient pas été appliqués de manière systématique.
L’entreprise Cmoc rejette ces accusations. Le groupe chinois affirme respecter les normes en vigueur et assure que son cobalt exporté ne présente pas de problème radiologique. Il conteste également les méthodes utilisées par les enquêteurs et affirme que les niveaux d’uranium évoqués ne justifient pas un traitement spécifique.
L’enquête souligne toutefois que d’autres opérateurs miniers ont adopté des mesures différentes. Le groupe suisse Glencore, par exemple, aurait suspendu ses exportations de cobalt depuis une autre mine congolaise en 2018 afin d’adapter ses installations et éliminer l’uranium présent dans le minerai.
Au-delà de la question commerciale, cette affaire soulève des interrogations sur la capacité de l’État congolais à contrôler ses ressources stratégiques. Les autorités nucléaires du pays reconnaissent des failles dans les mécanismes de surveillance, dans un contexte où la RDC reste confrontée à des frontières difficiles à contrôler et à une exploitation minière largement tournée vers les marchés internationaux.
Pour les enquêteurs, le sujet dépasse le seul cas congolais. Il révèle les zones d’ombre d’une industrie mondiale du cobalt devenue essentielle à la transition énergétique, aux batteries électriques et aux nouvelles technologies. Une nouvelle illustration, selon eux, du paradoxe africain : un continent riche en ressources stratégiques, mais dont le contrôle et la valorisation échappent encore largement aux États producteurs.