(AfriquesPlus) - Le Gabon s'est imposé comme l'un des meilleurs performeurs des marchés obligataires souverains émergents, porté par l'anticipation d'un programme du Fonds monétaire international qui lui permettrait d'éviter une restructuration de sa dette, selon un article de Ray Ndlovu publié dans Bloomberg, mercredi 5 août 2026.
Les détenteurs d'obligations gabonaises en dollars enregistrent un rendement de 19,5 % depuis le début de l'année, avec des gains supplémentaires attendus si le programme du FMI venait à se concrétiser.
La prime de risque exigée par les investisseurs pour détenir la dette gabonaise, mesurée par rapport aux bons du Trésor américain, s'est resserrée à environ 608 points de base sur un indice JPMorgan Chase, contre encore près de 1 000 points de base en janvier, seuil généralement considéré comme révélateur d'une détresse financière.
Ce basculement s'est brutalement accentué la semaine dernière, après que le gouvernement gabonais a annoncé qu'un audit soutenu par le FMI avait révélé des niveaux d'endettement inférieurs aux prévisions.
Cette annonce a immédiatement changé la perception des investisseurs. Sebastian Vargas, stratégiste marchés émergents chez Seaport Global Holdings, résume dans Bloomberg : les résultats de cet audit « poussent à penser que le Gabon pourrait conclure un accord avec le FMI sans restructuration de sa dette ».
Une levée de fonds coûteuse, mais un signal encourageant
Un avis partagé par Yvette Babb, gestionnaire de portefeuille chez William Blair, qui parle d'une « confiance croissante des investisseurs dans le fait que le pays se dirige vers un programme du FMI » sans les inquiétudes de restructuration qui pèsent sur d'autres émetteurs de la région.
Libreville a rapidement tiré parti de cette embellie en levant 920 millions de dollars via un placement privé arrivant à échéance en 2033, mais a dû concéder un rendement de 12,65 %, le taux le plus élevé de l'année pour un émetteur souverain émergent, juste derrière le record de 13,7 % payé par la République du Congo en novembre dernier.
Ce taux est depuis retombé à environ 11,5 %, un niveau qui demeure toutefois supérieur à la moyenne de 10,7 % observée chez d'autres émetteurs africains de catégorie CCC, comme le Mozambique et la Zambie. Selon Bloomberg, cette levée de fonds doit permettre au gouvernement de régler ses obligations de dette à court terme, un avantage qui profiterait également aux trois autres obligations en dollars émises par le pays.
Leo Morawiecki, analyste marchés émergents chez Aberdeen Investments, confirme cette trajectoire positive tout en appelant à la prudence. Le ministère des Finances gabonais n'a pas encore publié les conclusions complètes de cet audit.
« Les finances publiques ne sont pas excellentes, mais évoluent lentement dans la bonne direction, et l'apurement des arriérés est également positif », a-t-il ajouté. Signe que la prudence reste de mise malgré l'embellie, les obligations gabonaises arrivant à échéance en 2029 et 2031 ont cédé une partie de leurs récents gains mercredi, un mouvement largement interprété comme une prise de bénéfices de la part des traders.