(AfriquesPlus) - Installé à Washington depuis mars, l'opposant ougandais Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi Ssentamu, revient dans un entretien accordé le 5 août 2026 au Monde sur les deux mois de cavale qui l'ont conduit à fuir son pays.
« J'ai fui aux États-Unis pour rester en vie, tout simplement », résume l'ancien chanteur de raggamuffin de 44 ans, devenu principal opposant au président Yoweri Museveni, réélu en janvier avec 71,6 % des voix lors d'un scrutin marqué par la mort d'au moins seize personnes, selon Amnesty International.
Habitué des campagnes de répression au cours de la dernière décennie, Bobi Wine explique que cette fois la menace prenait une tournure inédite : « ma tête a été mise à prix par le fils du président, qui est aussi le chef d'état-major de l'armée », rappelle-t-il au Monde. Le général Muhoozi Kainerugaba avait publiquement appelé en janvier à son arrestation « mort ou vif ».
La cavale débute le 16 janvier, au lendemain du scrutin, lorsque Bobi Wine échappe de justesse à son arrestation malgré le siège policier de son domicile à Kampala. S'ensuivent près de deux mois de traque, marqués par des barrages routiers et une coupure temporaire d'internet, avant qu'il ne refasse surface le 18 mars devant le Capitole, à Washington. Sur les détails de son évasion, l'opposant reste prudent, évoquant des complicités au sein même de l'appareil d'État, parmi « des sympathisants au gouvernement, des policiers, des militaires qui ne supportent plus le règne familial à la tête de l'État ».
Depuis Washington, l'opposant tente désormais de mobiliser les chancelleries occidentales pour obtenir des sanctions contre le clan Museveni. Il se montre toutefois lucide sur les limites de cette stratégie : « la politique internationale est entrée dans une ère transactionnelle et je note qu'aucun pays occidental n'a pris position contre les violations des droits humains du gouvernement ougandais », déplore-t-il, seul le Parlement européen ayant à ce jour condamné officiellement la conduite du scrutin.