(AfriquesPlus) - La République démocratique du Congo (RDC) a décidé d’interdire avec effet immédiat l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. Kinshasa entend ainsi accélérer la transformation locale de ses ressources minières et conserver une plus grande part de la valeur générée par l’exploitation de ses minerais.
Dans une dépêche publiée le 6 août 2026, Reuters, dans un article signé par Ange Kasongo et Maxwell Akalaare Adombila, rapporte que cette interdiction figure dans une décision gouvernementale datée du 29 juin et signée par les ministres des Mines, du Commerce extérieur et de l’Économie. Le texte prévoit toutefois la possibilité d’accorder des dérogations d’une durée d’un an dans certaines circonstances jugées stratégiques.
Cette mesure s’inscrit dans la volonté de la RDC de développer davantage ses capacités de transformation sur son territoire. Le gouvernement justifie notamment l’interdiction par la nécessité d’encourager les opérateurs miniers à commercialiser ou exporter des produits présentant une plus forte valeur ajoutée.
La décision intervient dans un secteur stratégique pour l’économie congolaise. La RDC est le premier producteur mondial de cobalt et figure également parmi les principaux fournisseurs mondiaux de cuivre, deux minerais essentiels aux chaînes de valeur liées à la transition énergétique.
Le gouvernement congolais a également introduit un nouveau régime fiscal concernant plusieurs sous-produits de l’exploitation minière. Une période transitoire de trois mois est prévue pour cette nouvelle fiscalité, qui applique notamment un coefficient de valorisation de 55 % à certains minerais présents à l’état de traces ou d’ultratraces et récupérés lors des opérations de raffinage. Des redevances minières sont également prévues.
Cette interdiction n’est pas une première. Kinshasa avait déjà pris des mesures similaires en 2013, 2019 et 2023, avant d’accorder des dérogations lorsque les capacités locales de traitement ne permettaient pas de transformer suffisamment les minerais produits. La nouvelle décision apparaît toutefois comme une nouvelle étape dans la stratégie visant à développer une industrie minière davantage intégrée.
L’annonce a immédiatement eu un effet sur le marché du cuivre. Selon Reuters, le prix du cuivre à trois mois sur le London Metal Exchange a progressé jusqu’à 1,8 %, atteignant 14 369,50 dollars la tonne, son niveau le plus élevé depuis le 29 janvier. Le cours s’établissait autour de 14 300 dollars à 9h30 GMT le 6 août.
L’impact global de la mesure pourrait toutefois rester limité, la RDC exportant déjà une grande partie de son cuivre sous forme raffinée. Au premier trimestre 2026, le pays avait expédié près de 700 000 tonnes de cathodes de cuivre, selon les données rapportées par Reuters.
Certains projets miniers pourraient néanmoins être davantage exposés à la nouvelle réglementation. C’est notamment le cas de Kamoa-Kakula, l’un des grands projets cuprifères du pays, détenu par Ivanhoe Mines, Zijin Mining et l’État congolais, qui exporte encore une partie de sa production sous forme de concentrés.
Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse donc la seule interdiction d’un type d’exportation. Il s’agit de capter davantage de valeur ajoutée à partir des immenses ressources minières du pays, en favorisant le raffinage et la transformation locale plutôt que l’exportation de produits moins valorisés.
Cette orientation pourrait également renforcer le poids de la RDC dans les chaînes d’approvisionnement mondiales des minerais stratégiques, au moment où le cuivre et le cobalt occupent une place croissante dans les technologies liées à l’électrification et à la transition énergétique.