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Afrique du Sud, les usines de textile fragilisées par le départ des travailleurs migrants
La pression anti-immigration produit un effet inattendu dans le secteur textile sud-africain : des usines tournent au ralenti après le départ de travailleurs migrants, faute de main-d’œuvre locale pour les remplacer.
 

(AfriquesPlus) - Les usines de confection de Newcastle, dans la province sud-africaine du KwaZulu-Natal, peinent à maintenir leur activité après le départ de nombreux travailleurs migrants à la suite de manifestations hostiles aux étrangers. Dans cette importante zone textile, des machines restent à l’arrêt alors que les industriels peinent à trouver des travailleurs locaux pour occuper les postes vacants.

Dans un article publié le 6 août 2026, Reuters, signé par Nellie Peyton et Thando Hlophe, rapporte que plusieurs usines ont perdu entre 12 % et 19 % de leur personnel pendant les manifestations. Le syndicat du secteur estime pour sa part qu’environ 15 % des 15 000 travailleurs du textile de Newcastle ont quitté leur emploi.

Ces départs sont intervenus après plusieurs mois de mobilisations anti-immigration menées notamment par le groupe March and March. Le mouvement, qui accuse les travailleurs étrangers d'aggraver le chômage en Afrique du Sud, avait fixé au 30 juin une échéance pour le départ des migrants en situation irrégulière. De nombreux travailleurs ont alors quitté le pays.

Le paradoxe est désormais visible dans les ateliers. Alors que les mobilisations réclamaient davantage d’emplois pour les Sud-Africains, les fabricants éprouvent des difficultés à remplacer rapidement les travailleurs partis. Certains employeurs évoquent notamment la rareté de certaines compétences dans la confection, tandis que des responsables syndicaux contestent cette explication.

Pour le syndicat Southern African Clothing and Textile Workers' Union, le problème tient davantage aux rémunérations et aux conditions de travail. Selon son représentant Siyabonga Ntombela, l’Afrique du Sud dispose de suffisamment d’ouvriers qualifiés, mais les salaires proposés et les coûts de transport rendent ces emplois peu attractifs. Dans certaines usines, les travailleurs migrants étaient logés directement sur leur lieu de travail.

Le niveau des rémunérations constitue en effet l’une des principales difficultés du secteur. Les ouvriers sont généralement payés à la pièce, et seuls les plus productifs peuvent atteindre le salaire minimum national de 30,23 rands, soit environ 1,83 dollar, par heure. Certains gagnent moins.

La situation est d’autant plus fragile que les usines doivent déjà composer avec une baisse des commandes. Des inspections menées par les autorités en février avaient mis au jour des pratiques illégales dans certaines entreprises, entraînant une diminution des commandes de plusieurs détaillants.

Certains industriels craignent désormais une aggravation de la crise. L’un d’eux, cité par Reuters, indique que son entreprise fonctionne actuellement à perte et envisage de décider d’ici décembre s’il doit fermer. D’autres propriétaires redoutent une multiplication des fermetures dans les prochains mois.

Le secteur textile occupe pourtant une place importante dans l’économie de Newcastle. La plupart des usines de confection de la ville appartiennent à des entrepreneurs chinois installés en Afrique du Sud depuis plusieurs décennies. Elles fournissent principalement le marché intérieur et sont considérées par les autorités comme un moyen de réduire la dépendance du pays aux importations de vêtements.

Pour les spécialistes du marché du travail cités par Reuters, attirer davantage de Sud-Africains vers l’industrie nécessiterait donc plus qu’un simple remplacement de la main-d’œuvre étrangère. La revitalisation du secteur passerait également par l’amélioration des salaires et des conditions de travail, la formation professionnelle et de meilleures perspectives d’évolution.

Reuters, dans son article du 6 août, souligne ainsi une contradiction au cœur du débat sud-africain sur l’emploi : faire partir les travailleurs migrants ne garantit pas que les postes libérés seront automatiquement occupés par des travailleurs locaux. Sans amélioration de l’attractivité des emplois industriels, la pénurie de main-d’œuvre pourrait paradoxalement fragiliser des entreprises et, à terme, menacer les emplois que les mobilisations entendaient protéger.

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