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Des millions de vues pour zéro franc CFA, les artistes africains défient YouTube
Au sud du Sahara, parmi les pays francophones, seuls les créateurs sénégalais sont rémunérés par la plateforme. D'Abidjan à Kinshasa, rappeurs et producteurs réclament leur part d'une audience pourtant colossale
 

(AfriquesPlus) - « Je veux mon djai. » Le 16 septembre, sur Facebook, le rappeur ivoirien Himra, suivi par 2,35 millions d'abonnés, a interpellé YouTube en nouchi, l'argot ivoirien, pour réclamer son argent. Il n'est pas le seul. Plusieurs artistes d'Afrique francophone dénoncent aujourd'hui une injustice : leurs clips, visionnés en RDC, au Togo, au Bénin, au Cameroun ou en Côte d'Ivoire, ne leur rapportent rien. Mustapha Kessous a enquêté sur cette colère dans Le Monde du 5 octobre 2026.

« Qu'ils aient 10 000 ou 100 millions de vues, les chanteurs toucheront zéro franc CFA », résume Davy Lessouga, responsable Afrique francophone du label Believe. Pourtant, YouTube représente, selon lui, jusqu'à 90 % de la consommation locale de musique dans certains pays.

La plateforme rémunère les créateurs grâce à la publicité, dans le cadre de son programme partenaire. Ce programme est disponible dans 138 pays, dont seulement 14 en Afrique. « En Afrique francophone subsaharienne, où vivent pourtant plusieurs centaines de millions de gens, il n'y a que le Sénégal », constate Pit Baccardi, ancien responsable artistique d'Universal Music Africa.

Les artistes vivent cette situation comme une humiliation. « Ne pas être monétisés revient à dire que nous ne valons rien, c'est brutal », lâche le rappeur ivoirien Suspect 95, suivi par près de 900 000 abonnés.

Même l'exception sénégalaise reste modeste. Selon Davy Lessouga, le revenu pour mille vues tourne autour de 0,099 centime d'euro au Sénégal. Il est deux fois plus élevé au Nigeria et dix fois plus en Afrique du Sud, où les annonceurs sont plus nombreux.

Le cas de « Coup du marteau » en donne la mesure. Ce titre ivoirien, sorti en décembre 2023 avant la Coupe d'Afrique des nations, a dépassé les 177 millions de vues. Il a rapporté plusieurs centaines de milliers d'euros, mais uniquement grâce aux écoutes hors du continent. L'Afrique, explique Davy Lessouga, « a représenté plus des 50 % des vues mais a rapporté moins de 1 000 euros ».

À Abidjan, le gouvernement s'est emparé du sujet. La ministre ivoirienne de la Culture, Françoise Remarck, soutient la démarche des artistes et annonce l'arrivée prochaine de Meta pour discuter de la monétisation sur ses plateformes. « On aura la même démarche avec YouTube », assure-t-elle. 

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
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