(AfriquesPlus) - La Tunisie revendique sa distance à l’égard du FMI, mais cette position ne suffit pas à écarter les contraintes qui pèsent sur son économie. Amel BelHadj Ali examine, pour Webmanagercenter, dans un article du 8 octobre 2026, les fragilités énergétiques, budgétaires, hydriques et institutionnelles du pays et interroge sa capacité à construire des mécanismes autonomes de protection contre les crises.
L’article s’appuie notamment sur une étude publiée dans The Review of International Organizations, consacrée à l’influence du FMI au-delà de ses interventions directes. Ses auteurs, Ana Carolina Garriga, de l’université de l’Essex, et Michael A. Gavin, de l’université du Queensland, montrent que certains pays, confrontés à un accès limité aux ressources du Fonds, ont renforcé leurs institutions nationales, notamment les capacités des banques centrales à intervenir comme prêteurs en dernier ressort. Pour Amel BelHadj Ali, cette approche rappelle que l’autonomie économique ne repose pas seulement sur le refus de l’intervention extérieure, mais aussi sur la capacité à disposer d’instruments internes de gestion des crises.
L’autrice confronte cette perspective à la situation tunisienne, marquée selon elle par une accumulation de vulnérabilités. Elle cite notamment Ecoweek, qui alerte sur la dépendance énergétique, la pénurie d’eau, les fragilités budgétaires et le recul de la transparence financière. La Tunisie importe près des deux tiers de l’énergie qu’elle consomme et maintient les prix administrés des carburants depuis 2022. Pour l’analyse, ces choix ne font pas disparaître les déséquilibres mais en déplacent le coût vers le budget de l’État, les entreprises publiques et la Banque centrale.
La question budgétaire constitue un autre point de préoccupation. L’article rappelle que le score de la Tunisie dans l’Open Budget Survey 2025 est tombé à 11 sur 100, contre 16 en 2023. Cette faible transparence, estime Amel BelHadj Ali en s’appuyant sur Ecoweek, ne réduit pas les risques financiers mais rend plus difficile leur évaluation et leur anticipation.
L’article remet ainsi en cause l’idée selon laquelle le refus d’un programme du FMI suffirait à préserver la souveraineté économique. Les contraintes liées à l’endettement, aux finances publiques ou à la balance des paiements demeurent, qu’un accord soit conclu ou non avec le Fonds. L’enjeu serait plutôt de mener des réformes permettant à l’État de réduire progressivement ses vulnérabilités : politique énergétique, gouvernance des entreprises publiques, ciblage des subventions, mobilisation de l’investissement privé et renforcement des institutions financières.
Amel BelHadj Ali oppose moins le « FMI out » au « FMI in » qu’une logique d’attente à une véritable stratégie économique. La souveraineté, selon cette lecture, ne se mesure pas uniquement à la distance prise avec le FMI, mais à la capacité de l’État tunisien à anticiper les crises, à renforcer ses propres amortisseurs et à engager les réformes avant que les contraintes économiques ne les imposent.