Selon une enquête publiée par le journal ivoirien L'Infodrome, les opérations de déguerpissement menées ces derniers mois à Abidjan continuent de laisser de profondes séquelles psychologiques chez de nombreuses familles. Au-delà de la perte de leur logement et de leurs moyens de subsistance, des milliers de personnes souffriraient de troubles psychologiques qui restent largement ignorés.
Le média ivoirien rapporte notamment le témoignage de « Franck », un artisan déguerpi de Yopougon Gesco en février 2024. Contraint de vivre avec son épouse et ses quatre enfants dans un abri de fortune à Abobo, il explique avoir sombré dans l'alcool pour tenter d'atténuer sa souffrance après avoir perdu à la fois son logement et son atelier de travail. Les médecins du Programme national de santé mentale estiment qu'il nécessite un suivi psychologique afin d'éviter une aggravation de son état.
L'enquête de L'infodrome revient également sur la campagne de sensibilisation Y'ello Care, organisée à Abobo, au cours de laquelle les professionnels de santé ont rappelé que les maladies mentales demeurent encore mal connues et fortement stigmatisées. Ils invitent la population à rester attentive à certains signes d'alerte, notamment l'isolement, les troubles du sommeil, l'anxiété, la tristesse persistante ou les changements brutaux de comportement.
D'après les chiffres du Programme national de santé mentale relayés par Abidjan.net, les jeunes âgés de 10 à 24 ans représentaient plus de 30 % des tentatives de suicide enregistrées en 2025, tandis que la dépression constituait près de 40 % des troubles recensés dans cette tranche d'âge.
Toujours selon le média ivoirien, la campagne Y'ello Care, portée par MTN Côte d'Ivoire avec ses partenaires, a permis de sensibiliser plus de 5 600 personnes, d'en orienter plus de 4 200 vers des structures de prise en charge et de réaliser plus de 2 200 dépistages.
En conclusion, l'infodrome souligne la nécessité de renforcer l'accompagnement psychologique des personnes déguerpies, dont le nombre continue d'augmenter à la suite des récentes opérations menées à Port-Bouët et à Koumassi Campement. Pour les professionnels de santé, ces populations portent souvent des blessures invisibles qui nécessitent une prise en charge adaptée, au même titre que les conséquences matérielles de leur déplacement.