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Ces tissus africains que l’on a fini par oublier
Entre contrefaçons venues d’Asie et savoir-faire qui ne se transmet plus, le patrimoine textile du continent est fragilisé, alors que plusieurs pays tentent de se le réapproprier
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=-CqjEGMA6xk

(AfriquesPlus) - Dès le XVIᵉ siècle, au Sénégal, des bandes de coton étroites, tissées à la main puis cousues les unes aux autres, circulaient comme monnaie d’échange. Ce pagne, inventé par le peuple manjak, présent aussi en Guinée-Bissau et en Gambie, accompagne aujourd’hui encore naissances, mariages et deuils.

C’est l’un des nombreux tissus que met en lumière AJ+ Français dans un reportage consacré aux textiles africains traditionnels, réalisé après sa précédente vidéo sur le wax, qualifié de « tissu imposteur ». Le média rappelle que l’Afrique compte des dizaines, voire plus d’une centaine de tissus, et se concentre surtout sur les pagnes tissés.

Au Ghana, le kente, jadis réservé aux rois ashantis et ewés, associe à chaque motif un nom et à chaque couleur un message. Il est devenu la matière des étoles portées dans les universités américaines lors des remises de diplômes, en hommage à l’héritage afro-descendant. En Guinée, le tissé main des peuples peuls a été reconnu en mars 2025 comme propriété intellectuelle de la Guinée par l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI).

Certains tissus ont aussi porté des combats. En Afrique du Sud, Nelson Mandela a revêtu le tissu xhosa le jour de son premier procès, le 22 octobre 1962, geste de fierté et de résistance. Pendant la guerre d’indépendance algérienne, selon AJ+ Français, le FLN a encouragé les femmes à porter le grand voile traditionnel, qui permettait de dissimuler des armes lors des fouilles des soldats français.

Plusieurs États cherchent à remettre ces étoffes à l’honneur. Au Burkina Faso, cité en exemple par le reportage, la plupart des ministres se présentent en conseil vêtus de tenues en koko donda ou en faso dan fani. Le chercheur Boubacar Sambaré y voit un message des dirigeants à la population : consommer local et privilégier les textiles artisanaux. L’enjeu est aussi économique, le marché de l’habillement en Afrique subsaharienne étant considérable.

Ce patrimoine est pourtant menacé. La première menace est la contrefaçon, principalement conçue en Chine selon AJ+ Français, qui grignote une partie du marché africain. En Guinée, jusqu’à 80 % des tissus leppi vendus sur les marchés seraient en réalité des copies venues d’Asie.

La seconde est plus silencieuse et, selon un historien cité par le média, peut-être la plus dangereuse : les artisans peinent à transmettre leur savoir aux jeunes générations. Le tissage restant manuel, ce savoir-faire se transmet traditionnellement de père en fils. Lorsque la chaîne se rompt, c’est une mémoire qui s’efface et, dans certains pays, tout un secteur économique qui disparaît peu à peu.

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