(AfriquesPlus) - Quand le M23 a repris sa progression dans l’est de la RDC en 2023, l’armée congolaise, réputée faible, n’a pas su répondre. Le président Félix Tshisekedi a alors choisi de confier des parties décisives du combat à des étrangers. Dans une enquête publiée le 9 octobre, le journaliste du New York Times Declan Walsh retrace cette chaîne d’externalisation, nourrie par les témoignages d’une douzaine de responsables américains, congolais, européens et africains, restés anonymes.
Le recours à des mercenaires occidentaux n’a rien d’anodin en RDC, rappelle le journaliste. Des centaines de combattants européens avaient rejoint la tentative de sécession du Katanga dans les années 1960, et beaucoup de Congolais se souviennent du rôle de la CIA dans le renversement du premier chef de gouvernement, Patrice Lumumba, exécuté ensuite par un peloton dirigé par des officiers belges sous contrat. Le président Tshisekedi a pourtant mis ces réticences de côté.
Les premiers à être sollicités ont été des Roumains, chargés de défendre Goma, la plus grande ville de la région, jusqu’à leur déroute en janvier 2025. Des pilotes de drones algériens ont ensuite opéré des appareils chinois depuis Kisangani, jusqu’à ce que leur base soit touchée en mai par une frappe de drone attribuée à des soupçons rwandais, selon des responsables actuels et anciens de la région.
Ces revers ont fait d’Erik Prince le premier sous-traitant militaire du pays. Fin 2024, il a signé un contrat de sécurité et de services miniers avec le gouvernement, d’une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars sur cinq ans, même si l’on ignore quelle part a été payée, précise un ancien responsable américain.
Ses équipes ont installé leur base sur un aérodrome de Kalemie, sur la rive du lac Tanganyika. Des pilotes de drones colombiens et ukrainiens y ont mené des frappes contre le M23, et ses forces ont contribué à la reprise d’Uvira en janvier. Une centaine d’employés se consacrent par ailleurs à la lutte contre la fraude fiscale minière, qui ferait perdre au pays près de 3 milliards de dollars par an.
La dépendance a un coût. Début septembre, un combat a tué plusieurs sous-traitants colombiens. Le 17 septembre, une embuscade a blessé grièvement l’ancien béret vert Tim Kennedy et tué l’ex-soldat d’élite néo-zélandais Justin Conaglen. Un proche d’Erik Prince évoque une « longue épreuve », aggravée par le manque de soutien des forces congolaises.
Pour Zobel Behalal, auteur d’un récent rapport sur les mercenaires en RDC, ce recours « crée plus de problèmes que de solutions » : « C’est le signe que l’armée est très faible. Et pendant que d’autres gagnent de l’argent, c’est la population qui souffre. »