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Ghana : ces langues africaines que l’on sous-estime
Trois, quatre, cinq langues parlées au quotidien, et pourtant un anglais jugé imparfait suffit à disqualifier. Un linguiste explique pourquoi le multilinguisme africain reste invisible
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=JDlC6Y8y5iM

(AfriquesPlus) - Au Ghana, un enfant qui grandit dans une cour commune finit par parler autant de langues qu’il en entend autour de lui, sans effort ni mérite particulier aux yeux de son entourage. C’est ce paradoxe que souligne le linguiste Clement Apa, professeur associé à l’Université du Ghana, invité de l’émission « Africa Link » de DW Afrique, animée par Eddie Micah Jr.

Selon lui, ce multilinguisme passe inaperçu parce qu’il est familier : les langues que l’on partage avec ses voisins ne semblent rien avoir d’extraordinaire. Le problème surgit lorsque l’on se met à croire que l’ajout d’une langue qui n’est pas la sienne élève à un autre rang. Les marchés mondiaux, les systèmes éducatifs et les institutions d’élite récompensent en effet les langues héritées de la colonisation, rarement les langues africaines. Le linguiste en conclut que les Africains sous-évaluent une ressource qu’ils possèdent déjà.

L’actualité en offre une illustration. Après une intervention en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, Lordina Mahama a été la cible de moqueries sur son élocution en anglais. Pour la correspondante de DW à Accra, Ara Tenroma Domina, la discussion a vite quitté le terrain du contenu pour celui de la fluidité. Elle observe aussi que, dans la rue, les gens parlent leur langue locale et que certains renoncent à une interview dès qu’on leur demande de passer à l’anglais, par crainte d’être jugés.

Le mouvement s’inverse jusque dans les familles. Là où l’on apprenait l’anglais à l’école avant de parler la langue de ses parents à la maison, des enfants de 5 à 10 ans maîtrisent désormais mal leur langue maternelle. Or, rappelle Clement Apa, une langue transporte une culture, une manière de voir le monde et une identité sociale.

Le professeur ne demande pas de tourner le dos à l’anglais. Il plaide pour un équilibre : enseignement en langue maternelle dans les premières années, apprentissage solide des langues internationales et formation de diplômés au moins trilingues. La véritable question, conclut-il, est de savoir si l’Afrique continuera à prendre l’aisance en anglais pour un marqueur d’intelligence.

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