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Nigeria, le coût de l’énergie accentue la précarité des travailleurs
Malgré les milliards de nairas engrangés depuis la fin des subventions sur les carburants, les aides sociales peinent à soulager les ménages. À l’approche de la révision du salaire minimum, la redistribution des gains des réformes est en question.
 

(AfriquesPlus) - Alors que les recettes publiques ont fortement augmenté depuis la suppression des subventions sur les carburants, des millions de Nigérians peinent toujours à faire face à la hausse des prix. Le coût de l’énergie, la faiblesse des salaires et la prédominance de l’emploi informel alimentent une crise du pouvoir d’achat, à l’approche des négociations sur le salaire minimum.

Dans un article publié le 12 octobre 2026, le quotidien nigérian The Guardian, sous la plume de Gloria Nwafor, souligne le décalage entre les gains budgétaires revendiqués par les autorités et les difficultés persistantes des ménages. Le salaire minimum national, fixé à 70 000 nairas, est jugé insuffisant par les syndicats face au coût de la vie.

L’enquête s’appuie notamment sur une étude des anticipations d’inflation de la Banque centrale du Nigeria. Les ménages gagnant moins de 70 000 nairas affichent la perception de l’inflation la plus élevée, à 68,4 %. Bien que le taux d’inflation soit retombé à 15,4 %, contre un pic beaucoup plus élevé en 2024, les prix restent considérés comme excessifs. Les répondants citent notamment les dépenses énergétiques, l’insécurité, les taux d’intérêt et le taux de change.

La pression est renforcée par la hausse des prix des carburants. La semaine précédant la publication, le prix de l’essence avait atteint un plafond de 1 350 nairas le litre, soit environ 570 % de plus qu’avant la suppression des subventions. Cette augmentation renchérit les déplacements et le transport des marchandises, avec des répercussions sur les prix alimentaires et les charges des petites entreprises.

Des aides publiques contestées

Trois ans après la suppression des subventions, le gouvernement fédéral affirme avoir économisé au moins 15 800 milliards de nairas grâce à l’arrêt des dépenses correspondantes. Les recettes cumulées réparties entre les différents niveaux de gouvernement par le Comité de répartition des revenus de la Fédération (FAAC) auraient atteint 60 750 milliards de nairas. Pourtant, ces ressources supplémentaires n’auraient pas produit un soulagement proportionnel pour les ménages les plus vulnérables.

Le dispositif d’aides sociales et le programme de promotion du gaz naturel comprimé (GNC), censés amortir le choc économique, sont vivement critiqués. Le gouvernement évoque plus de 9 000 milliards de nairas consacrés notamment aux ajustements salariaux de ses agents, mais ceux-ci ne représenteraient qu’une faible part des personnes touchées par la fin des subventions. Le directeur exécutif d’OJA Development Consult, Jide Ojo, réclame des comptes vérifiables sur les économies réalisées et sur les 600 milliards de nairas annoncés pour les investissements sociaux.

Le Congrès du travail du Nigeria (NLC) estime que les aides ponctuelles ne peuvent remplacer des salaires décents et des emplois durables. Son secrétaire général adjoint, Chris Onyeka, plaide pour une hausse du pouvoir d’achat, qui soutiendrait également la consommation, la production locale et la création d’emplois. Il demande aussi davantage de transparence dans l’identification des bénéficiaires des aides et une réduction des taxes et redevances imposées aux commerçants et aux transporteurs.

Pour plusieurs analystes, les difficultés tiennent aussi à la place dominante de l’économie informelle. Selon une analyse du Nigerian Economic Summit Group citée par The Guardian, 92 % des travailleurs exerceraient dans le secteur informel, contre seulement 8 % dans les secteurs public et privé formels. Cette situation limite la portée d’un salaire minimum national, qui ne protège pas directement la majorité des travailleurs.

Le directeur général du Centre for the Promotion of Private Enterprise, Muda Yusuf, appelle les États et les collectivités locales à utiliser les recettes supplémentaires reçues grâce aux répartitions du FAAC pour soutenir les ménages et les entreprises. Selon lui, les réformes ont accru les ressources disponibles à ces niveaux de gouvernement, qui sont mieux placés pour déployer des aides adaptées aux besoins locaux.

Le programme de conversion des véhicules au GNC reste, lui aussi, confronté à des obstacles : stations de ravitaillement peu nombreuses et coût de conversion pouvant atteindre 1,5 million de nairas pour un véhicule privé. Les économistes interrogés plaident ainsi pour des investissements durables dans les transports publics, les infrastructures et la sécurité, plutôt que pour des mesures ponctuelles. À l’approche de la révision du salaire minimum, l’enjeu dépasse donc le montant des rémunérations : il s’agit de déterminer comment les gains budgétaires des réformes peuvent se traduire en amélioration concrète des conditions de vie

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