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Au Kenya, des agents chargés de protéger le président soupçonnés d’avoir tiré sur des civils
Cagoulés, armés de carabines M4 et sans insigne, ils évoluaient en formation avec l’escorte présidentielle. Au moins trois d’entre eux ont fait feu dans le stade de Kasarani, où trois personnes ont trouvé la mort
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=InpJ0vJ8c4I

(AfriquesPlus) - Trois pères de famille, sans arme et éloignés de toute altercation, ont été abattus le 16 octobre 2025 dans un stade de Nairobi où des milliers de Kenyans s’étaient rassemblés pour rendre hommage à l’ancien Premier ministre. Un an plus tard, leurs proches attendent toujours que des responsabilités soient établies.

Selon une enquête de BBC Africa Eye, fondée sur l’analyse de plus de 1 500 photos et vidéos, sur les rapports d’autopsie et sur des témoignages, les tirs mortels proviennent très probablement de la zone de la tribune VIP du stade de Kasarani.

Raila Odinga, 80 ans, est mort d’une crise cardiaque à l’étranger, en Inde. Sa dépouille est ramenée à Nairobi le 16 octobre, sous les acclamations de la foule. À l’aéroport, des partisans envahissent la piste et débordent le dispositif de sécurité. Le Parlement, d’abord prévu pour l’exposition du corps, est jugé impossible à sécuriser. Les autorités se rabattent alors sur le stade de Kasarani, qui peut accueillir 48 000 personnes.

Sur place, l’attente s’éternise sous la chaleur. Il n’y a ni eau, ni nourriture, ni système de sonorisation en état de marche pour informer le public. Une partie de la foule, persuadée qu’on lui ment, s’énerve. Peu après 15 heures, une bousculade éclate à l’entrée de la tribune VIP, et des projectiles sont lancés. Des policiers ouvrent alors le feu en direction du stade.

BBC Africa Eye a synchronisé les images tournées par des spectateurs pour reconstituer la scène dans une maquette 3D du stade. Evans Kitsche, cuisinier de 40 ans et père de sept enfants, a été tué à environ 60 mètres de la bousculade. Vincent Ogutu, 36 ans, et Jida Burka, 42 ans, se trouvaient à au moins 160 mètres, dans les gradins opposés. Les autopsies montrent que les trois hommes ont été touchés de face, alors qu’ils regardaient vers la tribune VIP. Aucune arme n’a été retrouvée sur eux ni près d’eux.

Les images montrent un groupe d’au moins huit hommes en gilets tactiques, visages couverts et armés de carabines M4, sans insigne apparent. Faute de marques distinctives, les enquêteurs ont suivi leurs déplacements. Ce dispositif correspond à celui qui entoure habituellement le président William Ruto lors de ses sorties : des agents plus en retrait pour la puissance de feu, des policiers de l’unité d’escorte présidentielle, puis un cordon extérieur de la General Service Unit (GSU). L’un des tireurs est monté dans un véhicule du convoi présidentiel à la fin de la journée. Au moins trois membres de cette unité ont fait feu, selon l’enquête, qui ne peut toutefois exclure que d’autres agents aient aussi tiré.

George Musumali, consultant en sécurité et ancien instructeur de la GSU, estime qu’aucune situation ne justifiait l’usage de munitions réelles. Il juge ces morts évitables et en impute la responsabilité au comité d’organisation comme à la police.

Le ministre de l’Intérieur, Kipchumba Murkomen, a exprimé ses regrets, indiquant qu’une enquête était confiée à l’autorité indépendante de supervision de la police, dont il attend des conclusions pour engager d’éventuelles poursuites. Pour les veuves et les orphelins, la question reste entière : pourquoi ces trois hommes ont-ils dû mourir ?

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