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L’attente de l’après-Biya pèse sur le Cameroun
Alors que le chef de l’État se fait moins visible, l’avenir du pouvoir alimente les interrogations. Les témoignages recueillis par Jeune Afrique dessinent un pays où l’espoir d’alternance s’est affaibli et où la succession reste difficile à envisager
 

(AfriquesPlus) - Réélu en octobre 2025, le chef de l’État apparaît de moins en moins. Dans les rues de Yaoundé comme dans les rangs du parti au pouvoir, l’attente d’une succession pèse sur le pays.

Dans le quartier administratif de Yaoundé, la « rue des ministères » est devenue un champ de cratères que presque plus personne n’emprunte. C’est par cette scène que le journaliste Mathieu Olivier ouvre, dans Jeune Afrique, un reportage publié le 3 octobre 2025, à l’occasion de la présidentielle camerounaise. Il y décrit un pays « bloqué dans une époque médiévale », selon la formule d’un entrepreneur interrogé, et dirigé par un président de 93 ans désigné vainqueur du scrutin d’octobre 2025. Les prénoms des témoins ont été modifiés.

Le texte revient sur le moment où l’opposition a cru possible l’alternance. En octobre 2018, Maurice Kamto, président du MRC, se proclame vainqueur de la présidentielle et dénonce par avance les résultats. « Pour une fois, quelqu’un faisait front », se souvient Luc, un communicant du parti. Un professeur confirme l’effet : « Il y a eu beaucoup d’espoir. »

Même un cadre du RDPC, le parti de Paul Biya, le reconnaît : « Kamto aurait pu être une menace. » Selon lui, l’opposant avait le profil, celui d’un juriste et d’un intellectuel qui avait quitté le gouvernement, donc d’une rupture. Maurice Kamto est arrêté fin janvier 2019. Un ancien cadre du MRC y voit « le clou du grand spectacle » et estime que l’aura de son ancien chef était alors « un château de cartes ».

Le 31 décembre 2018, dans ses vœux, Paul Biya promettait un septennat qui « pourrait même être l’un des moments les plus importants de notre histoire ». Le bilan, tranche le même cacique du RDPC, est celui d’un « septennat pour rien, marqué par l’âge du président ». Il décrit un chef de l’État qui reçoit de moins en moins, surtout depuis la pandémie : « Très peu de personnes ont accès à lui. »

Un artiste originaire du Cameroun anglophone évoque lui aussi un septennat perdu, en particulier pour le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. « On a eu des promesses et un dialogue national qui devait apporter des solutions, mais rien n’a été fait, les gens continuent de mourir », dit-il.

Un entrepreneur cite, pour illustrer le « pourrissement », la Coupe d’Afrique des nations de 2022. Le stade de Yaoundé n’a pas été terminé à temps et une bousculade lors d’un match y a fait huit morts. « Le Cameroun de Biya, c’est ça », résume-t-il.

Le reportage souligne aussi les erreurs de l’opposition. En 2020, Maurice Kamto annonce le boycott des législatives. Pour un homme d’affaires, il vient de « se saborder ». Un autre témoin parle d’une cassure : le MRC « a aussitôt perdu du crédit ».

En septembre et octobre 2024, la rumeur de la mort du président, alors en Suisse, avait laissé penser à certains que « c’était fini », raconte un artiste. Biya est rentré, puis a de nouveau disparu de l’espace public.

Dans le parti au pouvoir, la question de la succession est présente, mais écartée. « Il s’est représenté. Il faut donc faire bloc », balaie le cacique du RDPC. Le professeur, lui, doute que le chef de l’État pense à sa sortie : son système, dit-il, « l’a déifié ». Il pose alors cette question : « Que peut-il y avoir après un Dieu ? »

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