(AfriquesPlus) - Le continent africain dispose d’importantes réserves de pétrole et de gaz, ainsi que de minerais essentiels à la transition énergétique mondiale. Pourtant, cette richesse contraste avec la précarité énergétique de centaines de millions d’habitants. Dans une analyse publiée le 13 octobre 2026, Al Jazeera met en lumière ce paradoxe : malgré son potentiel énergétique, l’Afrique subsaharienne concentre une part considérable de la population mondiale privée d’électricité.
Selon les données présentées par le média, l’Afrique possède environ 125 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole, soit 7,2 % du total mondial. La Libye et le Nigeria en détiennent à eux seuls près de 70 %. Le continent dispose également de près de 18 000 milliards de mètres cubes de réserves prouvées de gaz naturel, principalement concentrées au Nigeria et en Algérie. Toutefois, les ressources disponibles ne se traduisent pas systématiquement par une production stable ni par un accès généralisé à l’énergie, comme l’illustrent les perturbations de la production libyenne et le potentiel gazier encore largement inexploité du Mozambique.
L’Afrique occupe également une place majeure dans l’approvisionnement mondial en minerais stratégiques. En 2025, les pays africains ont représenté 71,2 % de la production mondiale de cobalt et 72,4 % de celle de manganèse, deux ressources importantes pour l’industrie et certaines technologies de stockage de l’énergie. La République démocratique du Congo domine la production de cobalt, tandis que l’Afrique du Sud et le Gabon figurent parmi les principaux producteurs de manganèse. Le Zimbabwe, Madagascar, le Mozambique et la Tanzanie contribuent aussi à l’approvisionnement en minerais utilisés dans les batteries et les technologies énergétiques.
Le potentiel renouvelable du continent demeure lui aussi contrasté. En 2024, l’Éthiopie et la République démocratique du Congo produisaient toute leur électricité à partir de sources renouvelables, principalement grâce à l’hydroélectricité. À l’inverse, les énergies renouvelables représentaient moins de 5 % de la production électrique en Algérie, en Libye, au Niger et en Tunisie, où les hydrocarbures restent prédominants. Ces écarts soulignent la diversité des trajectoires énergétiques nationales et les difficultés à convertir les ressources disponibles en systèmes électriques accessibles à tous.
Le principal défi reste celui de l’accès à l’électricité. En 2024, seuls six pays africains - l’Algérie, l’Égypte, Maurice, le Maroc, les Seychelles et la Tunisie - avaient atteint une couverture universelle. Au Nigeria, pays le plus peuplé du continent, environ 85 millions de personnes restaient privées d’électricité. En Afrique subsaharienne, plus de 560 millions d’habitants n’y avaient pas accès, soit près de 86 % du total mondial, selon les chiffres cités par Al Jazeera à partir de données de l’Organisation mondiale de la santé.
Ces disparités ont des conséquences directes sur les conditions de vie, particulièrement dans les zones rurales, où de nombreuses familles dépendent encore de lampes à pétrole, de bougies ou de lampes torches. Alors que les ministres de l’Énergie, les investisseurs et les dirigeants du secteur pétrolier se réunissent au Cap pour la Semaine africaine de l’énergie, organisée jusqu’au 16 octobre, la question dépasse ainsi la seule exploitation des ressources. Elle porte aussi sur les investissements, les infrastructures et la capacité des États à transformer la richesse énergétique du continent en un accès fiable et équitable à l’électricité.