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Nigeria, à une semaine du scrutin, Osun redoute une nouvelle flambée de violences politiques
À huit jours du scrutin, les assassinats politiques, les affrontements autour des collectivités locales et les controverses impliquant des institutions fédérales font craindre une nouvelle escalade dans cet État du sud-ouest nigérian.
 

(AfriquesPlus) - L’État d’Osun se trouve à nouveau sous haute tension à quelques jours de l’élection du gouverneur, prévue le 15 août au Nigeria. Dans un éditorial publié le 7 août 2026, le Punch Editorial Board alerte sur une situation politique devenue particulièrement préoccupante, marquée par des violences meurtrières, des affrontements autour du contrôle des collectivités locales et une succession de controverses impliquant des institutions publiques.

Selon Punch, la crise qui secoue Osun depuis plusieurs années a pris une dimension telle que la compétition électorale menace désormais de dépasser le cadre d’un affrontement politique classique. Le journal rappelle qu’environ 30 meurtres à caractère politique font actuellement l’objet d’une enquête de la police nigériane, à l’approche du scrutin. Ces violences ont déjà fait plusieurs victimes, dont l’ancien président du conseil local d’Irewole, Remi Abbas, tué par balle le 17 février 2025.

La crise trouve notamment son origine dans un conflit autour des élections des collectivités locales. Un scrutin organisé à la fin du mandat de l’ancien gouverneur Gboyega Oyetola avait été contesté devant la justice avant d’être annulé par une juridiction fédérale. Son successeur, Ademola Adeleke, a ensuite organisé une nouvelle élection locale, donnant lieu à des décisions judiciaires contradictoires et à une bataille entre le All Progressives Congress (APC) et le Peoples Democratic Party (PDP) pour le contrôle des sièges des collectivités.

Cette confrontation a progressivement dégénéré en affrontements entre partisans des deux camps. Le contrôle des allocations fédérales destinées aux collectivités s’est également retrouvé au cœur de la bataille politique et judiciaire, paralysant une partie de la gouvernance locale.

À quelques jours du scrutin, de nouvelles controverses ont accentué l’inquiétude. L’arrestation, puis la remise en liberté, du secrétaire du gouvernement de l’État a alimenté les accusations croisées entre les camps politiques.

Le gel des comptes de l’État d’Osun par l’Economic and Financial Crimes Commission (EFCC), l’agence nigériane chargée de la lutte contre la criminalité économique et financière, a également suscité de fortes tensions. Le président Bola Tinubu a finalement demandé à l’agence de mettre fin à cette mesure, tout en affirmant ne pas en avoir été informé au préalable.

Pour Punch, cette succession d’événements nourrit le soupçon d’une instrumentalisation des institutions publiques dans une bataille politique qui dépasse désormais la seule question électorale.

Le journal appelle ainsi les autorités à empêcher que les institutions fédérales ne soient utilisées, ou perçues comme étant utilisées, pour influencer le scrutin. Il vise notamment la présidence, les forces de sécurité et les organismes de lutte contre la corruption.

Le spectre d’« Operation Wetie »

L’éditorial de Punch établit un parallèle particulièrement lourd avec l’histoire politique du Sud-Ouest nigérian. Le journal rappelle les violences qui avaient suivi l’élection contestée de 1965 dans l’ancienne région occidentale du pays.

Cette période, connue sous le nom d’« Operation Wetie », avait été marquée par des affrontements politiques, des assassinats, des incendies et des représailles entre camps rivaux. La dégradation de la situation avait contribué à l’effondrement de l’ordre politique de la Première République et précédé le coup d’État militaire du 15 janvier 1966.

Punch rappelle également les violences électorales qui avaient éclaté en 1983 dans les anciens États d’Ondo et d’Oyo, dont est issu l’actuel État d’Osun.

Le journal estime que le Nigeria ne peut se permettre de reproduire ces épisodes. Il appelle la Commission électorale nationale indépendante (INEC) à garantir l’intégrité du scrutin et à faire en sorte que chaque vote soit comptabilisé et protégé.

La police est également appelée à adopter une posture impartiale et proactive. La visite de l’inspecteur général de la police, Tunji Disu, et ses appels au calme sont jugés insuffisants par le journal, qui réclame des mesures concrètes contre tous les acteurs susceptibles de provoquer des violences, quelle que soit leur appartenance politique.

Tinubu appelé à garantir la neutralité de l’État

Le président Bola Tinubu est directement interpellé. Punch estime que ses liens politiques et familiaux perçus avec l’ancien gouverneur Gboyega Oyetola, aujourd’hui ministre de l’Économie maritime et de l’Économie bleue, imposent au chef de l’État une obligation particulière de neutralité.

L’éditorial demande au président de veiller à ce que les agences fédérales, les forces de sécurité et les organismes de lutte contre la corruption ne soient pas utilisés pour favoriser un camp.

Pour Punch, le scrutin du 15 août représente ainsi bien plus qu’une simple compétition pour la direction de l’État d’Osun. Une élection libre, transparente et crédible permettrait au vainqueur de bénéficier d’une véritable légitimité. À l’inverse, un scrutin entaché de violences, d’intimidations ou d’ingérences institutionnelles pourrait raviver des fractures politiques dont les conséquences dépasseraient largement les frontières de l’État.

À huit jours du vote, le journal exhorte donc la classe politique à éviter une nouvelle escalade et à ne pas transformer Osun en nouveau foyer de violences électorales. Pour Punch, le principal enjeu est désormais d’empêcher que les tensions accumulées ne débouchent sur une crise dont le Nigeria pourrait difficilement mesurer les conséquences.

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