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En Afrique du Sud, l'hostilité envers les étrangers confirmée par les chiffres
Le rapport Beyond borders, publié par Afrobarometer et couvrant 38 pays africains, place l'Afrique du Sud en tête des nations les plus réticentes à l'immigration économique, sur fond de nouvelles violences xénophobes
 

(AfriquesPlus) - Alors que l'Afrique du Sud traverse depuis le début de l'année 2026 une nouvelle vague de violences xénophobes, un vaste rapport de l'institut panafricain Afrobarometer vient confirmer, chiffres à l'appui, ce que les images de rues sud-africaines laissaient déjà deviner : le pays de Nelson Mandela affiche, parmi les 38 nations sondées sur le continent, l'une des attitudes les plus fermées à l'égard des étrangers.

Le pays a été le théâtre, ces derniers mois, d'un regain de tensions anti-immigrés. Comme l'indique le rapport Beyond borders : Citizen perspectives on a shifting global order, publié le 6 août par Afrobarometer dans le cadre de sa série annuelle African Insights 2026, des manifestants anti-immigration ont multiplié les menaces et les attaques contre des personnes sans papiers, allant jusqu'à exiger leur départ pur et simple du pays. 

Certaines de ces mobilisations ont même poussé des gouvernements étrangers à organiser des vols d'évacuation pour rapatrier leurs ressortissants. Le président Cyril Ramaphosa a dû publiquement exhorter ses concitoyens à ne pas faire des étrangers les boucs émissaires du chômage endémique et des difficultés économiques structurelles du pays.

Le rapport rappelle que l'Afrique du Sud n'en est pas à sa première crise de ce type : des épisodes de violences anti-immigrés y éclatent régulièrement depuis une vingtaine d'années, faisant du pays le foyer de résistance le plus marqué du continent face à l'immigration.

Un rejet économique massif, une ouverture culturelle en trompe-l'œil

Les données collectées par Afrobarometer, à partir d'enquêtes menées en face-à-face auprès d'échantillons représentatifs dans 38 pays africains entre 2024 et 2025, dressent un portrait sans appel de l'opinion sud-africaine.

Sur le plan économique, l'Afrique du Sud se distingue par le rejet le plus catégorique de l'apport des travailleurs étrangers : 69 % des Sud-Africains jugent que la présence d'étrangers venus vivre et travailler dans le pays est « mauvaise » pour l'économie nationale, contre seulement 17 % qui la jugent positive. Soit le taux d'adhésion le plus bas enregistré sur tout le continent, hormis le Maroc et le Gabon. La moyenne des 38 pays sondés s'établit pourtant à 45 % d'opinions favorables.

Cette défiance se traduit concrètement dans les préférences migratoires. Ainsi, seuls 16 % des Sud-Africains souhaiteraient que leur pays admette autant ou davantage de travailleurs migrants, et 14 % en davantage de réfugiés, deux des scores les plus bas du classement établi par Afrobarometer. Une majorité (51 %) souhaite au contraire voir entrer moins de demandeurs d'emploi étrangers, et 32 % voudraient qu'on n'en admette plus aucun.

Pourtant, cette fermeture n'est pas d'ordre culturel. Le rapport souligne que la moitié des Sud-Africains (50 %) déclarent accepter d'avoir des immigrés ou des travailleurs étrangers comme voisins, et 45 % en diraient autant de réfugiés fuyant des violences politiques. 

« La résistance n'est pas culturelle : de nombreux Africains disent qu'ils accueilleraient volontiers des étrangers et des réfugiés comme voisins, et bien plus encore ne s'en soucieraient pas. Mais sur le plan économique, les populations sont beaucoup plus hésitantes », note le rapport.

Le paradoxe sud-africain : ce sont les mieux lotis qui ferment la porte

L'étude met en lumière un phénomène qu'elle qualifie de contre-intuitif. En effet contrairement à ce qu'observent généralement les chercheurs en Europe ou en Amérique du Nord, ce ne sont pas les catégories les plus vulnérables qui se montrent les plus hostiles aux étrangers en Afrique, mais au contraire les citoyens les plus éduqués, les plus qualifiés et les pays les plus riches. 

Selon Afrobarometer, cette réalité pourrait s'expliquer par la rareté des emplois formels sur le continent, qui pousse les travailleurs les mieux insérés sur le marché du travail à percevoir les nouveaux arrivants comme des concurrents directs plutôt que comme une opportunité.

L'Afrique du Sud illustre également ce lien avec la richesse nationale. Le rapport observe que les pays disposant d'un PIB par habitant plus élevé et d'un meilleur indice de développement humain — l'Afrique du Sud et le Botswana étant cités comme « destinations migratoires régionales établies » — affichent un soutien plus faible à la libre circulation des personnes que leurs voisins plus pauvres.

Fait notable, si l'Afrique du Sud ferme ses portes, ses propres citoyens ne sont pas non plus tournés vers le reste du continent lorsqu'ils envisagent de partir. Parmi les Sud-Africains ayant songé à émigrer, 46 % se disent attirés par l'Amérique latine, le Moyen-Orient, l'Asie ou l'Océanie — des destinations non traditionnelles — plutôt que par l'Europe ou l'Amérique du Nord.

Le rapport d'Afrobarometer, qui interroge également les attitudes africaines face au commerce, au multilatéralisme et au changement climatique, souligne que la libre circulation des personnes reste l'un des projets les plus fragiles de l'intégration continentale portée par l'Union africaine, en net décalage avec le soutien massif accordé par les mêmes populations à la libre circulation des biens dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). 

Pour les auteurs du rapport, si les gouvernements africains — et sud-africain en particulier — veulent un jour ouvrir davantage leurs frontières aux personnes, ils devront d'abord répondre aux angoisses économiques de leurs citoyens, sous peine de voir l'ouverture perçue comme une menace plutôt que comme une opportunité.

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