La presse africaine de ce samedi est marquée par plusieurs dossiers lourds : la crise sanitaire provoquée par Ebola en République démocratique du Congo, les tensions entre le Nigeria et les pays de l’AES, les inquiétudes autour de la situation au Tigré en Éthiopie, la politique migratoire en Afrique du Sud et les évolutions économiques et diplomatiques en Égypte.
AFRIQUE DU SUD — 70 ans après la Marche des femmes, les combats restent nombreux
L’Afrique du Sud commémore ce week-end le 70e anniversaire de la Marche des femmes du 9 août 1956, lorsque près de 20 000 femmes avaient marché vers les Union Buildings de Pretoria pour protester contre les lois de l’apartheid imposant notamment le port du « pass » aux femmes noires.
La presse revient aujourd’hui sur l’héritage de cette mobilisation historique. L’Associated Press souligne que, sept décennies plus tard, de nombreuses Sud-Africaines considèrent que la liberté reste incomplète, notamment en raison des violences fondées sur le genre, de la pauvreté et des inégalités persistantes. Une étude soutenue par ONU Femmes estime que plus d’une femme sud-africaine sur trois a subi des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie.
Cette commémoration intervient dans un contexte social particulièrement tendu, notamment autour de la question migratoire. Les autorités sud-africaines ont indiqué avoir rapatrié plus de 77 000 étrangers en situation irrégulière au 3 août, dont 18 816 personnes officiellement expulsées entre avril et juillet. Plus de 16 000 personnes ont par ailleurs été arrêtées en juillet dans le cadre des opérations de contrôle de l'immigration.
Sur le plan diplomatique, le ministre sud-africain des Relations internationales, Ronald Lamola, s'est entretenu vendredi avec son homologue britannique Ed Miliband. Les discussions ont porté sur les conflits internationaux, la réforme du multilatéralisme et l'agenda du G20.
À retenir : Pretoria tente de défendre une approche africaine de la crise migratoire, tout en étant confrontée à une forte pression intérieure et à des accusations de violences xénophobes.
NIGERIA — Sécurité, enlèvements et réforme du secteur pétrolier
Au Nigeria, la question sécuritaire reste au premier plan. Dans l'État de Kwara, 163 personnes enlevées dans les communautés de Woro et Nuku ont été remises aux autorités après une opération des forces de sécurité. Le gouverneur AbdulRahman Abdul Razaq a salué l'opération et la coopération entre l'armée et les autres services de sécurité.
La presse nigériane continue également de suivre la lutte contre les groupes armés dans le nord du pays, alors que Boko Haram et l'ISWAP restent actifs dans le bassin du lac Tchad.
Sur le front économique, le président Bola Tinubu veut accélérer la transformation du secteur pétrolier. Il a annoncé que la compagnie nationale NNPC Limited serait réformée puis introduite en Bourse. La direction de la compagnie avait précédemment indiqué viser une cotation à l'horizon 2028.
Cette volonté s'inscrit dans la stratégie de transformation de la compagnie nationale et de renforcement du rôle du marché des capitaux dans le financement du secteur énergétique.
Nigeria-AES : une nouvelle tension régionale
Autre dossier important : les relations entre Abuja et les trois pays de l'Alliance des États du Sahel.
Les autorités du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont exprimé leur « profond regret » après des déclarations du président nigérian Bola Tinubu sur la situation sécuritaire dans l'espace AES. La réaction a été coordonnée à Ouagadougou et traduit la persistance des divergences entre les pays de l'AES et leur voisin nigérian
Cette affaire est particulièrement importante car elle intervient alors que certains responsables nigérians défendent parallèlement une coopération sécuritaire accrue entre la CEDEAO et l'AES pour lutter contre les groupes jihadistes.
À retenir : Abuja cherche à renforcer son rôle régional dans la lutte contre le terrorisme, mais ses relations avec les régimes militaires de l'AES demeurent fragiles.
ÉTHIOPIE — Le spectre d'un nouveau conflit au Tigré
L'Éthiopie reste sous surveillance internationale en raison des tensions dans le nord du pays.
Les analyses publiées ces derniers jours soulignent la multiplication des signes de tension entre les autorités fédérales, les forces du Tigré et différents acteurs armés du nord. Les affrontements signalés récemment dans l'ouest du Tigré sont considérés comme l'une des menaces les plus sérieuses pour l'accord de paix de Pretoria conclu en 2022.
La situation est d'autant plus préoccupante que les tensions ne se limitent pas au Tigré : l'Amhara demeure également une zone fragile, tandis que les relations entre l'Éthiopie et l'Érythrée restent particulièrement sensibles.
La presse éthiopienne met aussi en avant les ambitions économiques du pays, notamment dans les secteurs minier, agricole et logistique. Mais cette stratégie de développement reste confrontée à un environnement sécuritaire difficile.
Le principal risque pour Addis-Abeba : voir la crise du Tigré se transformer en une nouvelle confrontation régionale impliquant davantage l'Érythrée et les forces fédérales.
ÉGYPTE — Diplomatie africaine et amélioration des indicateurs économiques
En Égypte, l'actualité de ce samedi est dominée par la diplomatie régionale et les indicateurs économiques.
Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a transmis au président tchadien Mahamat Idriss Déby une invitation du président Abdel Fattah al-Sissi à participer au Forum économique africain d'Alamein. Cette initiative illustre la volonté du Caire de renforcer ses relations économiques avec l'Afrique subsaharienne.
L'Égypte et le Tchad ont également examiné le développement d'un corridor logistique reliant Bérénice à Douala, ce qui pourrait renforcer les connexions commerciales entre l'Égypte, l'Afrique centrale et les marchés africains.
Économie : le chômage recule
Sur le front économique, le taux de chômage égyptien est tombé à 5,8 % au deuxième trimestre 2026, selon les données relayées par Ahram Online. Le pays continue parallèlement de renforcer ses réserves en devises, qui ont atteint 56,29 milliards de dollars à la fin juillet, un niveau record.
Le Caire cherche donc à afficher une image de stabilité économique malgré les fortes tensions géopolitiques qui affectent le Moyen-Orient et les routes commerciales de la région.
RDC — Ebola franchit le seuil des 4 000 cas
C'est probablement l'une des informations africaines les plus importantes de la journée.
Selon les données gouvernementales rapportées par Reuters, le nombre de cas confirmés d'Ebola en République démocratique du Congo a désormais dépassé 4 000 cas, faisant de cette épidémie la deuxième plus importante jamais enregistrée dans le pays et, selon les experts cités, l'une des épidémies à propagation la plus rapide jamais observées.
L'épidémie, qui touche particulièrement l'Ituri, inquiète d'autant plus que la circulation des populations et l'insécurité compliquent considérablement les opérations sanitaires.
Les autorités sanitaires et les partenaires internationaux cherchent à accélérer la vaccination et la prise en charge des malades. L'Africa CDC et l'OMS renforcent notamment leur coopération face à l'ampleur de la crise.
Le processus de Doha avance sur les prisonniers
Sur le front politique, Kinshasa a remis 15 prisonniers à l'AFC/M23 dans le cadre du processus de Doha. Cette remise intervient dans le mécanisme convenu entre le gouvernement congolais et l'AFC/M23 pour faciliter les libérations de détenus et instaurer progressivement la confiance entre les deux camps. ([ACP][11])
Cette initiative intervient alors que les efforts diplomatiques cherchent toujours à transformer le processus de Doha en véritable mécanisme de désescalade dans l'Est de la RDC.
À retenir : la RDC doit désormais gérer simultanément deux urgences majeures :la progression spectaculaire d'Ebola et la persistance du conflit dans l'Est.
AES — Bras de fer avec Abuja
La journée est également marquée par la réaction coordonnée des trois pays de l'AES aux propos de Bola Tinubu.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger reprochent au président nigérian ses déclarations concernant la situation sécuritaire dans l'espace sahélien. Les trois gouvernements ont fait connaître leur mécontentement par la voie diplomatique.
Cette nouvelle tension révèle une contradiction majeure de l'Afrique de l'Ouest : les États de la région ont besoin de coopérer contre les groupes jihadistes, mais les divergences politiques entre la CEDEAO et l'AES rendent cette coopération difficile.
Parallèlement, le Mali poursuit sa politique de contrôle accru de ses ressources minières. Le dossier B2Gold/Menankoto-Sud reste emblématique de la volonté de Bamako d'obtenir une plus grande part des revenus miniers. La compagnie a confirmé que les procédures d'autorisation étaient arrivées à leur dernière étape.
Afrique de l'Est : vigilance autour d'Ebola
L'Ouganda suit avec une attention particulière la situation congolaise. La proximité géographique avec l'Ituri et les mouvements de population font craindre une propagation transfrontalière, même si Kampala a annoncé récemment la fin de sa dernière épidémie d'Ebola.
Zambie : élections et observation régionale
La SADC a annoncé le déploiement de 106 observateurs en Zambie dans le cadre du processus électoral, signe de l'importance accordée par l'organisation régionale au suivi des scrutins et à la stabilité politique en Afrique australe.
Afrique : le climat et la sécurité alimentaire restent préoccupants
Les conséquences combinées des conflits, des déplacements de populations et des chocs climatiques continuent de peser sur les prix alimentaires dans plusieurs régions du continent. La question de la sécurité alimentaire reste donc l'un des principaux risques sociaux pour les prochains mois.
LE FAIT DU JOUR POUR AFRIQUESPLUS
Ebola en RDC : le seuil des 4 000 cas franchi, tandis que Kinshasa tente parallèlement de faire avancer le processus de paix avec l'AFC/M23
La situation congolaise concentre aujourd'hui deux des grandes préoccupations africaines : une crise sanitaire majeure qui dépasse rapidement les capacités locales et une crise sécuritaire régionale toujours non résolue
Les cinq sujets à suivre aujourd'hui
- 1. RDC : progression d'Ebola au-delà de 4 000 cas.
- 2. AES-Nigeria : montée des tensions diplomatiques autour de la sécurité au Sahel.
- 3. Éthiopie : inquiétudes persistantes autour du Tigré et du risque de reprise des hostilités.
- 4.Afrique du Sud :70 ans après la Marche des femmes, violences et inégalités restent au cœur du débat.
- 5. Égypte : recul du chômage et renforcement de l'offensive diplomatique vers l'Afrique.