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Mohammed VI, le stratège qui tient l'Espagne à sa merci ?
Après l'arrivée massive de migrants à Ceuta la semaine dernière, le Financial Times décrypte comment le roi du Maroc a fait de la frontière hispano-marocaine un puissant levier de pression sur le gouvernement de Pedro Sánchez
 

(AfriquesPlus) - Un article publié le 4 août 2026 par le Financial Times, signé Barney Jopson et Malaika Kanaaneh Tapper, révèle comment le roi du Maroc Mohammed VI a transformé la frontière avec l'Espagne en arme de pression diplomatique contre Pedro Sánchez, à la faveur de la crise migratoire qui a frappé Ceuta.

Jeudi dernier, environ 60 000 personnes ont rejoint à la nage l'enclave espagnole, un afflux que le Financial Times qualifie de sans précédent. Pol Morillas, du think-tank barcelonais Cidob, y voit une « instrumentalisation de la migration », comparable aux méthodes utilisées par la Turquie ou le Bélarus envers l'Union européenne : « Ce ne sont pas toujours les plus grandes puissances qui comptent le plus. Celles qui savent exploiter les interdépendances en tirent souvent un avantage considérable. »

Le journal rappelle qu'un précédent similaire, en 2021, avait déjà servi de leçon à Rabat. Après une brouille diplomatique liée à l'accueil en Espagne du chef du Front Polisario, le Maroc avait relâché sa surveillance frontalière, laissant des milliers de migrants affluer vers Ceuta. Pour Riccardo Fabiani, de l'International Crisis Group, cet épisode a scellé un rapport de force durable : « Le Maroc a décidé que l'Espagne aurait davantage besoin du Maroc que l'inverse. »

Cette asymétrie s'explique aussi, selon le Financial Times, par les positions diplomatiques opposées des deux pays face à l'administration Trump. Alors que Sánchez s'est imposé comme l'un des principaux opposants européens au président américain, Mohammed VI a au contraire consolidé sa relation avec Washington en normalisant dès 2020 les liens du royaume avec Israël, obtenant en retour la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara occidental. Le roi aurait même récemment annoncé vouloir nommer une autoroute en l'honneur de Trump.

Pour l'universitaire Michael Walsh, cette proximité offre à Rabat une fenêtre d'opportunité étroite pour faire avancer ses revendications territoriales : « Il était rationnel pour le Maroc de pousser aussi loin que possible ses objectifs politiques. » Face à cet afflux migratoire massif, Sánchez a néanmoins choisi de ne pas incriminer le Maroc, préférant saluer sa coopération et désigner les réseaux de passeurs comme responsables.

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