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Sénégal : la condamnation de trois chroniqueurs ravive le débat sur le délit d’offense au chef de l’État
Les trois chroniqueurs avaient été condamnés après la diffusion d’une vidéo dans laquelle ils appelaient notamment « au malheur et à la mort » de celui qui aurait, selon eux, « trahi le projet de Pastef ».
 

La condamnation de trois chroniqueurs proches de Pastef à deux et trois mois de prison ferme relance au Sénégal la controverse autour de l’article 254 du Code pénal, qui sanctionne l’offense au chef de l’État. Pour plusieurs organisations de la société civile, cette disposition, jugée trop vague et susceptible d’interprétation, constitue une menace pour la liberté d’expression et devrait être abrogée.

Les trois chroniqueurs avaient été condamnés après la diffusion d’une vidéo dans laquelle ils appelaient notamment « au malheur et à la mort » de celui qui aurait, selon eux, « trahi le projet de Pastef ». Des propos interprétés comme visant le président Bassirou Diomaye Faye. Pour la société civile, si les discours haineux ou les appels à la violence doivent être sanctionnés, le recours à l’emprisonnement pour offense au chef de l’État apparaît disproportionné.

Article 19, par la voix de son directeur régional Alfred Nkuru Bulakali, estime que le caractère imprécis de cette infraction peut favoriser l’autocensure. Selon lui, l’incertitude autour de ce qui peut être considéré comme une offense risque de pousser certains citoyens à renoncer à s’exprimer publiquement par crainte de poursuites.

Le débat dépasse toutefois la seule affaire des chroniqueurs. Alioune Tine, militant des droits humains, rappelle que l’abrogation de cette disposition est réclamée depuis plusieurs années par la société civile et différentes forces politiques, y compris lorsqu’elles étaient dans l’opposition. Il estime que le moment est venu pour les autorités actuelles de mettre fin à ce qu’il considère comme une disposition « archaïque ».

La société civile propose parallèlement de privilégier des sanctions alternatives à la prison, notamment les amendes ou les travaux d’intérêt général, lorsqu’il s’agit de réprimer des discours haineux sans porter une atteinte excessive à la liberté d’expression.

Au-delà du cas des trois chroniqueurs, l’affaire pose donc une question de fond : comment protéger l’honneur et la sécurité des institutions tout en garantissant un espace de débat politique libre et responsable au Sénégal ?

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
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