Skip to main content
Le préfet de Guadeloupe dresse un diagnostic sévère de l’archipel
Thierry Devimeux fait un état des lieux des principaux problèmes auxquels est confronté l’archipel. Eau, assainissement, sargasses, insécurité, narcotrafic, vie chère et souveraineté alimentaire figurent parmi les dossiers prioritaires
 

(AfriquesPlus) - Dans un entretien publié le 7 août 2026 par Karib’Info, le préfet de région Guadeloupe, Thierry Devimeux, dresse un état des lieux sans concession des principaux problèmes auxquels est confronté l’archipel. Eau, assainissement, sargasses, insécurité, narcotrafic, vie chère et souveraineté alimentaire figurent parmi les dossiers prioritaires.

Un an après son arrivée, le préfet se dit toujours « indigné » par la crise de l’eau. Il estime que les progrès engagés ne permettent pas encore de considérer le problème comme réglé. La création d’une régie autonome constitue toutefois, selon lui, une avancée importante. Sa mise en place effective est attendue pour 2027. Devimeux estime surtout nécessaire d’accélérer considérablement les investissements dans les réseaux d’eau et d’assainissement. Les 30 à 40 millions d’euros investis chaque année devraient, selon lui, atteindre 100 millions pour permettre une rénovation complète sur une période de dix à vingt ans.

« Le problème de l’eau ne sera réglé que si tout le monde se mobilise », insiste-t-il, appelant l’État, les collectivités et les structures intercommunales à assumer ensemble leurs responsabilités. Le dossier financier reste particulièrement préoccupant. Le syndicat de gestion de l’eau cumule 160 millions d’euros de dettes et pourrait enregistrer jusqu’à 60 ou 70 millions d’euros de déficit en 2026. Le préfet demande donc aux collectivités de prendre davantage part au financement, après plusieurs années au cours desquelles l’État a largement assumé seul le déficit.

Les sargasses constituent une autre urgence. Thierry Devimeux réfute les critiques accusant l’État de ne pas suffisamment intervenir. Il rappelle que cinq millions d’euros ont été mobilisés en 2025 et que les opérations de ramassage conduites par les communes sont financées à hauteur de 80 à 100 % par l’État. Mais il souhaite désormais trouver des mécanismes de financement durables, qui pourraient notamment s’appuyer sur une partie de l’octroi de mer ou de la taxe de séjour.

Le préfet estime par ailleurs nécessaire de travailler sur le ramassage des algues en mer plutôt que de les laisser atteindre les plages. Leur valorisation dans l’agriculture, les cosmétiques ou la construction fait également partie des pistes explorées. Il prévient toutefois que le phénomène risque de s’inscrire dans la durée sous l’effet du dérèglement climatique.

Sur le terrain sécuritaire, le constat est tout aussi préoccupant. Une vingtaine d’homicides par arme à feu ont été enregistrés depuis le début de l’année. Mais le préfet considère que la situation dépasse les seuls chiffres de la criminalité. Il décrit une société marquée par une violence diffuse, qui touche notamment les femmes, les enfants et les usagers de la route. À cela s’ajoute la pression du narcotrafic, favorisée par la position de la Guadeloupe sur les routes entre l’Amérique du Sud et l’Europe.

« Les narcotrafiquants trouvent d’autant plus de complicités locales que la société guadeloupéenne est en souffrance », affirme-t-il. Il veut donc renforcer simultanément les moyens humains et technologiques. Police, gendarmerie et douanes doivent notamment s’appuyer davantage sur la vidéoprotection, les drones et les radars intelligents. Deux cents armes auraient déjà été saisies depuis le début de l’année. Dix communes bénéficieront également cette année de 174 caméras, avec l’ambition affichée d’équiper l’ensemble des communes de l’archipel dans les trois prochaines années.

La question de la vie chère occupe également une place importante dans son diagnostic. Le nouveau Bouclier Qualité Prix propose 106 produits pour 308 euros. Le préfet veut étendre la réflexion au bricolage et aux services automobiles. Il reconnaît toutefois les contraintes structurelles qui pèsent sur les prix : un marché de seulement 380 000 habitants, l’éloignement des centres de production et des coûts importants de transport et de stockage.

La souveraineté alimentaire constitue, à ses yeux, une autre priorité. La production locale ne représenterait actuellement que 20 à 30 % de la consommation selon les produits. L’objectif fixé à l’horizon 2030 est de rapprocher cette part de 50 %. Mais le vieillissement de la population agricole constitue un obstacle majeur. Environ 20 jeunes agriculteurs s’installent chaque année alors qu’il en faudrait près de 200 pour assurer le renouvellement des générations et accroître la production.

« Il faut de l’ambition, en particulier dans le domaine de la souveraineté alimentaire », affirme Thierry Devimeux, qui appelle notamment à faciliter l’accès des jeunes au foncier et à développer les outils de transformation. Il estime que la Guadeloupe possède encore les ressources nécessaires pour inverser le recul de sa production agricole.

Dans cet entretien, le préfet rejette enfin l’expression « État colonial » souvent utilisée pour qualifier la présence de l’État dans les territoires ultramarins. Il considère que celui-ci intervient désormais comme un accompagnateur du développement local, en apportant des financements, de l’ingénierie et en garantissant l’application des règles nationales. Il rappelle notamment que l’État a consacré 180 millions d’euros à l’eau en Guadeloupe au cours des quatre dernières années.

Son diagnostic est donc celui d’un territoire qui dispose de nombreux atouts, notamment dans le tourisme et l’agriculture, mais qui doit impérativement régler ses problèmes structurels. Pour Thierry Devimeux, la question économique est centrale : sans développement, pas d’emploi ; et sans emploi, pas d’émancipation. L’enjeu, estime-t-il, est désormais de permettre à la Guadeloupe de retrouver à la fois une capacité de développement et une plus grande sérénité sociale.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
ID
203
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3