(AfriquesPlus) - Des personnes soupçonnées d’être impliquées dans le projet de coup d’État présumé qui aurait visé le gouvernement nigérian en 2025 auraient utilisé WhatsApp et Zangi pour communiquer, selon une enquête exclusive publiée samedi 8 août 2026 par Premium Times, sous la plume de Sharon Eboesomi.
L’utilisation de ces deux plateformes apparaît dans des éléments d’enquête consultés par le média nigérian, alors que les autorités cherchent à reconstituer les échanges entre les personnes soupçonnées d’avoir participé au projet et à déterminer leurs rôles respectifs.
L’application Zangi aurait notamment été introduite dans les échanges par Mohammed Ma’aji, un colonel de l’armée nigériane présenté comme le cerveau présumé du projet. Selon la déclaration recueillie auprès du capitaine de marine à la retraite Erasmus Victor, poursuivi avec cinq autres personnes pour plusieurs chefs d’accusation, dont trahison, Ma’aji lui aurait recommandé cette application parce qu’il la jugeait plus sécurisée que les communications téléphoniques classiques.
Erasmus Victor aurait alors téléchargé Zangi pour communiquer avec Mohammed Ma’aji et Shamsuddeen Bappah, lieutenant-colonel en service au sein du corps des transmissions de l’armée nigériane, dont le nom est également apparu dans l’enquête.
Contrairement à WhatsApp, largement répandue au Nigeria, Zangi met davantage l’accent sur la confidentialité des communications. Selon les informations rapportées par Premium Times, l’entreprise affirme ne pas conserver sur ses serveurs l’historique des communications de ses utilisateurs. Les messages et les appels sont protégés par un chiffrement de bout en bout activé par défaut, tandis que l’historique serait conservé localement sur les appareils.
Autre différence, l’inscription à Zangi ne nécessite pas obligatoirement de numéro de téléphone. L’application attribue plutôt à ses utilisateurs un numéro Zangi privé.
Cette architecture ne rend toutefois pas les communications inaccessibles aux enquêteurs. Elle peut au contraire renforcer l’importance des téléphones utilisés par les personnes visées par l’enquête, puisque des éléments de communication peuvent être conservés directement sur les appareils.
Les pièces versées au dossier de l’accusation devant la cour martiale et la Haute Cour fédérale d’Abuja contiendraient ainsi de nombreux relevés imprimés de messages échangés entre plusieurs suspects.
L’enquête souligne également qu’une communication chiffrée n’est pas nécessairement synonyme d’absence de traces. Le chiffrement de bout en bout vise principalement à empêcher des tiers non autorisés d’accéder au contenu des messages pendant leur transmission.
Il n’efface pas pour autant les données susceptibles de se trouver sur les téléphones, notamment les conversations, contacts, photographies, fichiers ou notifications. Selon les applications et les appareils, d’autres informations peuvent également contribuer à établir qu’une communication a eu lieu.
Pour les enquêteurs, la reconstitution d’un réseau de relations ne dépend donc pas nécessairement de la récupération de chaque message échangé. Les communications peuvent être mises en relation avec d’autres éléments, tels que les mouvements des personnes concernées, leurs rencontres, leurs transactions financières, les témoignages ou encore des documents récupérés.
Des accusations encore contestées
Le projet présumé de coup d’État avait été mis au jour en septembre 2025. Erasmus Victor et les autres personnes poursuivies nient les accusations portées contre elles.
Les prévenus contestent également la recevabilité de certaines déclarations recueillies pendant les investigations, affirmant qu’elles auraient été obtenues dans des conditions irrégulières. L’accusation rejette ces allégations et demande leur admission comme éléments de preuve.
La justice nigériane ne s’est toutefois pas encore prononcée sur cette question. Les déclarations et éléments présentés par l’accusation, y compris ceux attribués à Erasmus Victor, ne préjugent donc pas de la culpabilité des personnes poursuivies.