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Le mystère Biya inquiète les marchés
Les obligations en dollars du Cameroun affichent les pires performances d'Afrique depuis juin, révèle Bloomberg
 

(AfriquesPlus) - Un article de Bloomberg publié le 7 août 2026, signé Ray Ndlovu, révèle que l'absence prolongée du président camerounais Paul Biya, invisible en public depuis deux mois, pèse désormais directement sur les marchés financiers, les obligations en dollars du pays affichant les pires performances d'Afrique depuis début juin.

Comme le rapporte Bloomberg, le président de 93 ans — le plus âgé au monde en exercice — n'a plus été vu publiquement depuis son départ pour Genève le 7 juin, de quoi alimenter les inquiétudes sur un éventuel plan de succession dans ce pays producteur de pétrole. Vendredi, le rendement des obligations arrivant à échéance en 2033 a atteint 9,53%, plaçant ces titres sur la voie d'une quatrième semaine consécutive de pertes.

Face aux interrogations sur le lieu où se trouve le chef de l'État, le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a tenté de rassurer sur les ondes de RFI le 2 août, sans toutefois préciser de date de retour ni le lieu de séjour du président à Genève : « Le président est en bonne santé et reviendra au pays à tout moment. Le président gouverne le pays où qu'il se trouve. »

Mais cette assurance ne suffit pas à calmer les marchés. Dans une note de recherche citée par Bloomberg, l'analyste François Conradie, d'Oxford Economics, évoque le risque que Biya soit souffrant et qu'une lutte de pouvoir latente pour sa succession ne puisse être résolue. Selon lui, trois prétendants se disputeraient la relève : la seconde épouse du président, Chantal, 55 ans, son fils Franck, 54 ans, et le ministre des Finances Louis Paul Motazé. « Nous nous attendons à ce que l'incertitude persiste un certain temps, tandis que la gouvernance se détériore », prévient l'analyste, ajoutant que même un retour de Biya ne suffirait pas à dissiper les appels à la clarté sur sa succession.

Bloomberg précise que cette incertitude pénalise les rendements obligataires camerounais par rapport à ceux de ses voisins pétroliers Gabon et Congo, également membres de la zone économique et monétaire d'Afrique centrale : la dette camerounaise a enregistré une perte de 0,6% sur deux mois, contre un gain de 0,2% pour le Congo et de 1% pour le Gabon.

Sur le plan politique, l'article rapporte que l'opposition capitalise sur ces spéculations. Le député Jean-Michel Nintcheu a saisi le mois dernier le Conseil constitutionnel pour faire constater une vacance du pouvoir, tandis que le leader de l'opposition Issa Tchiroma Bakary a appelé l'armée à favoriser une transition pacifique, selon des propos rapportés le 21 juillet par la Cameroon News Agency. Bloomberg souligne par ailleurs que la disposition constitutionnelle prévoyant qu'un vice-président assure l'intérim en cas de décès du chef de l'État n'offre guère de garantie, ce poste demeurant vacant.

« La succession est le principal risque », résume James Kuate, directeur général de Qantara Asset Management, cité par Bloomberg. De son côté, Matthew Vogel, responsable de la stratégie souveraine sur les marchés émergents chez Marex, précise que l'essentiel de la dégradation est survenu fin juillet, et que les investisseurs, sans parier sur un scénario catastrophe, cherchent avant tout à évaluer les risques de gouvernance en cas de transition politique.

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