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Corne de l’Afrique, pourquoi le potentiel économique reste largement inexploité
L’instabilité politique décourage les investissements ; le manque de capitaux limite le développement des infrastructures et de l’emploi ; des institutions fragiles réduisent les capacités financières des États
 

(AfriquesPlus) - Ils ont longtemps regardé les mêmes horizons maritimes. Mais le Golfe et la Corne de l’Afrique n’ont pas connu la même trajectoire. Dans une analyse publiée ce 8 août 2026 par Eurasia Review, Dr Suleiman Walhad, spécialiste des économies et des dynamiques politiques de la Corne de l’Afrique, s’interroge sur ce qui explique cet écart spectaculaire entre deux régions pourtant liées par une ancienne histoire commerciale et une géographie stratégique exceptionnelle.

L’auteur rappelle que la Corne de l’Afrique a longtemps été au cœur des échanges entre l’Afrique, la péninsule Arabique, la Perse, l’Inde et l’océan Indien. Des ports comme Massawa, Tadjoura, Zeila, Berbera, Mogadiscio ou Barawa témoignent de cette ancienne vocation commerciale. Mais l’entrée dans l’économie mondiale moderne s’est faite dans des conditions très différentes de celles du Golfe. Alors que les États du Golfe ont bénéficié de l’essor pétrolier et de la demande occidentale en hydrocarbures, la Corne a davantage subi les effets de la colonisation, des rivalités géopolitiques, des coups d’État, des guerres civiles et des instabilités politiques.

Pour Walhad, c’est cette différence de trajectoire institutionnelle qui explique une grande partie de l’écart actuel. Les revenus pétroliers du Golfe ont été transformés en infrastructures, ports, aéroports, universités, réseaux de télécommunications et institutions financières. L’arrivée de capitaux et d’experts étrangers a parallèlement permis aux pays de la région de développer rapidement leurs compétences et de s’intégrer aux circuits économiques internationaux. La combinaison entre ressources, capitaux, stabilité politique et continuité institutionnelle a ainsi créé un cercle vertueux.

La Corne de l’Afrique, à l’inverse, serait enfermée dans un cercle vicieux du risque. L’instabilité politique décourage les investissements de long terme ; le manque de capitaux limite le développement des infrastructures et de l’emploi ; des institutions fragiles réduisent les capacités financières des États ; cette faiblesse nourrit à son tour l’instabilité. Pour l’auteur, les ressources naturelles dont dispose la région, notamment les perspectives dans le pétrole et le gaz, ne suffiront donc pas à provoquer une transformation économique si elles ne s’accompagnent pas d’institutions solides et d’une gouvernance efficace.

L’analyse insiste surtout sur un point : la géographie ne produit pas automatiquement la prospérité. La Corne bénéficie pourtant d’un emplacement exceptionnel, à proximité de la mer Rouge, du golfe d’Aden, du détroit de Bab el-Mandeb et des grandes routes maritimes reliant l’Europe et l’Asie. Elle dispose également de ressources agricoles, halieutiques et énergétiques, d’un potentiel important dans la logistique et les énergies renouvelables, ainsi que d’une population jeune et en croissance.

Walhad estime dès lors que la région ne doit pas être considérée comme condamnée au sous-développement. Son potentiel demeure considérable, à condition de parvenir à établir des règlements politiques durables, des droits de propriété crédibles, des infrastructures fiables et des institutions financières capables d’attirer les investissements à long terme.

La comparaison avec le Golfe ne constitue donc pas, selon lui, un modèle à reproduire mécaniquement. Elle montre plutôt que les ressources et la position stratégique ne deviennent des avantages économiques durables que lorsqu’elles sont soutenues par la stabilité, l’accumulation du capital, des institutions compétentes et l’État de droit. Le principal défi de la Corne serait ainsi moins de trouver de nouvelles ressources que de construire les institutions capables de transformer celles dont elle dispose déjà en développement durable.

Dans sa conclusion, l’auteur appelle à un changement profond de culture politique : faire passer la fidélité à la loi avant les appartenances claniques ou factionnelles, remplacer le clientélisme par une gouvernance responsable et privilégier l’intérêt collectif aux logiques d’enrichissement personnel. Pour Walhad, c’est à cette condition que la Corne de l’Afrique pourra transformer sa position stratégique et son héritage commercial en véritable puissance économique.

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