(AfriquesPlus) - Plus d'un siècle après la confiscation du Djidji Ayôkwè, tambour parleur du peuple Atchan, et près de soixante ans après le cri lancé par le journaliste Paulin Joachim, l'Afrique continue de réclamer la restitution de son patrimoine pillé pendant la colonisation. C'est le constat dressé par Servan Ahougnon dans un article publié le 8 août 2026 par l'Agence Ecofin.
L'article rappelle le sort de ce tambour, saisi en 1916 par les autorités coloniales en Côte d'Ivoire en raison de son rôle dans la mobilisation de la résistance, et resté plus de cent dix ans dans les réserves du musée du quai Branly avant sa restitution officielle le 20 février 2026. Servan Ahougnon relie ce combat au cri lancé dès 1965 par Paulin Joachim — « Rendez-nous l'art nègre ! » — qu'il présente comme une revendication dépassant la seule question des vitrines de musée, pour viser la restitution de la mémoire elle-même : « On ne s'enracine pas dans un sol dont on a exporté la terre. »
S'appuyant sur le rapport Sarr-Savoy de 2018, qui évalue à plus de 80% la part du patrimoine africain conservée hors du continent, l'auteur retrace des décennies de requêtes officielles restées sans réponse, avant de saluer des gestes récents de restitution impliquant le Bénin, le Nigeria, la Suisse, Cambridge. Il met néanmoins en garde contre l'idée de « confondre l'éclaircie et le beau temps », pointant une « asymétrie profonde » persistante tant que ce sont les anciens colonisateurs qui décident seuls de ce qu'ils rendent.
L'article appelle enfin les États africains à prendre eux-mêmes l'initiative de ce mouvement, présentant la restitution comme « une porte » vers une nouvelle relation, et non comme un aboutissement.