(AfriquesPlus) - En Éthiopie, la guerre qui oppose les forces gouvernementales aux combattants de Fano dans la région d’Amhara semble toujours sans issue. Face à la persistance des violences, des chercheurs appellent désormais à une médiation extérieure pour remettre les deux camps autour de la table.
Dans un article de Haymanot Desta, The Reporter Ethiopia rapporte les conclusions d’un panel organisé la veille par l’Institute for Peace and Security Studies (IPSS). Les experts estiment que l’approche essentiellement sécuritaire adoptée jusqu’ici ne permet pas de mettre fin au conflit, dont les conséquences dépassent largement le champ militaire.
Selon Yared Debebe, chercheur à l’African Research Universities Alliance, la confrontation entre les forces fédérales et Fano entretient une crise à la fois économique, sociale et humanitaire. Il préconise des négociations accompagnées par un acteur tiers, estimant que les précédentes expériences de dialogue avec le TPLF et l’Armée de libération Oromo (OLA) peuvent servir de référence.
Les chercheurs soulignent également le recul de l’attention internationale portée au conflit. Les guerres en Ukraine, au Moyen-Orient et au Soudan mobilisent une grande partie des organisations internationales, notamment l’Union européenne et les Nations unies. D’où leur appel à une implication plus forte de ces acteurs pour favoriser l’ouverture de négociations.
Mais la question dépasse la seule cessation des combats. Les experts insistent sur la nécessité de traiter les causes profondes du conflit : frustrations politiques, marginalisation économique, difficultés de gouvernance, chômage des jeunes et fragilité des conditions de vie. Ils mettent aussi en lumière les mécanismes qui permettent au conflit de se financer, notamment les contributions imposées aux ménages, les prélèvements informels, la revente d’engrais subventionnés et les enlèvements contre rançon signalés dans certaines zones.
La guerre pèse lourdement sur le développement de la région. Plus de quatre millions d’enfants en âge scolaire seraient privés d’éducation en raison des violences. Pour les chercheurs, cette situation menace durablement les perspectives économiques et sociales du pays.
Leur conclusion est claire : sans règlement politique, les opérations militaires risquent de prolonger un cycle de violence déjà profondément enraciné. Une médiation crédible, associée à un traitement des griefs politiques et économiques, apparaît dès lors comme une piste pour sortir l’Amhara de l’impasse et permettre à l’Éthiopie de retrouver une trajectoire de développement.