(AfriquesPlus) - Au Soudan, la guerre ne détruit pas seulement le présent : elle compromet aussi les perspectives de développement pour plusieurs décennies. C’est le constat dressé par une analyse de l’Institute for Security Studies.
Dans un article publié ce 10 août 2026 dans ISS Today, Enoch Randy Aikins, chercheur au programme African Futures and Innovation de l’Institute for Security Studies (ISS), s’appuie sur une modélisation réalisée avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) pour mesurer le coût de la guerre déclenchée en avril 2023. Le conflit aurait déjà fait plus de 150 000 morts et près de 15 millions de déplacés, tandis que des millions de Soudanais sont confrontés à l’insécurité alimentaire et au manque d’accès à l’eau et à l’assainissement.
L’analyse montre surtout que la guerre accélère une crise du développement qui précédait déjà le conflit. Malgré ses ressources naturelles, son potentiel agricole, sa position stratégique sur la mer Rouge et une population jeune, le Soudan était freiné par des décennies d’instabilité politique, de conflits et de faiblesse institutionnelle. Depuis 2023, les infrastructures de santé et d’éducation, les marchés et les secteurs productifs ont été lourdement affectés.
Le coût économique est considérable. Selon les projections citées par l’auteur, le Soudan aurait perdu 6,4 milliards de dollars en 2023, tandis que le revenu par habitant serait retombé à des niveaux comparables à ceux de 1992. Si la guerre se prolongeait jusqu’en 2030, les pertes supplémentaires pourraient atteindre 34,5 milliards de dollars de PIB d’ici 2043, avec 34 millions de personnes supplémentaires basculant dans l’extrême pauvreté.
À l’inverse, un scénario de sortie de guerre dès 2026, accompagné de réformes dans la santé, l’éducation, la gouvernance, les infrastructures et l’économie, pourrait permettre au pays de renouer avec la croissance. Le modèle évoqué estime que le PIB pourrait augmenter de 19,3 milliards de dollars d’ici 2043 et que 17,3 millions de personnes supplémentaires pourraient sortir de l’extrême pauvreté.
Pour l’ISS, la priorité reste donc l’arrêt du conflit. Mais la paix ne pourra être durable sans une stratégie politique coordonnée. L’auteur pointe la fragmentation des initiatives diplomatiques et appelle à mieux répartir les rôles entre les différents acteurs impliqués, notamment autour du cessez-le-feu, de l’aide humanitaire, du dialogue politique et de la transition.
L’analyse insiste enfin sur la nécessité de s’attaquer aux économies qui alimentent la guerre, notamment les trafics d’armes, le commerce illicite de l’or et les soutiens extérieurs aux protagonistes. Pour le Soudan, la reconstruction économique devra ainsi aller de pair avec la réforme de la gouvernance, la transparence dans la gestion des ressources et l’établissement de mécanismes de responsabilité.