(AfriquesPlus) - En Afrique, l’égalité entre les femmes ne se heurte pas seulement aux disparités entre les sexes. Elle est aussi fortement déterminée par le lieu de résidence. Pour les femmes rurales, les difficultés d’accès à l’éducation, aux infrastructures, aux services financiers et aux outils numériques renforcent les inégalités et limitent les possibilités d’émancipation.
C’est le constat dressé par Theresa Smith dans ESI Africa. L’article s’appuie notamment sur les données d’Afrobarometer, issues de 50 961 entretiens menés dans 38 pays africains en 2024 et 2025, ainsi que sur l’Equal Measures 2030 SDG Gender Index.
Le retard est particulièrement visible dans le domaine de l’éducation. Les femmes rurales sont deux fois plus susceptibles que celles vivant en ville de n’avoir reçu aucune éducation formelle. Elles sont également deux fois moins nombreuses à disposer d’un niveau secondaire ou post-secondaire. L’écart entre les deux groupes atteint ainsi 27 points de pourcentage, contre seulement huit points pour l’écart global entre les femmes et les hommes.
À l’échelle mondiale, les perspectives restent d’ailleurs préoccupantes. L’Equal Measures 2030 SDG Gender Index estime que « peu de femmes actuellement en vie verront l’égalité entre les sexes de leur vivant ». Une situation qui prend une dimension particulière en Afrique, où les inégalités territoriales viennent se superposer aux inégalités de genre.
Les données montrent toutefois une amélioration entre les générations. Les femmes âgées de 18 à 35 ans sont deux fois plus nombreuses que celles de 56 ans et plus à avoir atteint le secondaire ou le postsecondaire, soit 64 % contre 31 %. La proportion de femmes sans aucune éducation formelle a, dans le même temps, été divisée par deux.
Le numérique constitue un autre révélateur du fossé entre les territoires. Alors que 90 % des femmes urbaines possèdent un téléphone, la proportion tombe à 73 % chez les femmes rurales. Pour les comptes bancaires, l’écart est encore plus important : 42 % des femmes urbaines en disposent contre seulement 21 % des femmes rurales. La fracture est également nette pour les ordinateurs, détenus par 24 % des femmes urbaines contre seulement 7 % des femmes rurales.
Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’« environ la moitié des femmes africaines vivent encore dans les zones rurales », souligne l’analyse. Autrement dit, une part considérable des femmes africaines risque de rester en marge des transformations économiques et technologiques si les politiques publiques ne ciblent pas spécifiquement les territoires ruraux.
L’accès aux infrastructures constitue l’une des principales explications. Dans de nombreuses communautés rurales, l’insuffisance des services de base augmente le temps consacré aux tâches quotidiennes et réduit celui disponible pour l’éducation, le travail ou les activités économiques. L’accès à l’énergie et aux technologies apparaît ainsi comme un enjeu directement lié à l’autonomisation des femmes.
L’étude relève néanmoins un paradoxe. Sur certains indicateurs de participation politique, les femmes rurales affichent de meilleurs résultats que les femmes urbaines. Elles sont notamment davantage engagées dans le vote et l’affiliation politique. Cette mobilisation pourrait constituer un levier pour renforcer leur représentation dans les espaces de décision.
Les obstacles restent cependant importants dès l’école. Selon les données citées dans l’article, 27 % des personnes interrogées estiment que les filles sont régulièrement confrontées à des discriminations, au harcèlement ou à des demandes de faveurs sexuelles de la part d’enseignants.
Pour ESI Africa, le problème ne peut donc être réduit à une simple question d’accès aux technologies. « Le fossé entre les zones urbaines et rurales accentue les inégalités entre les sexes », souligne l’analyse. Le développement du numérique, de l’énergie, de l’éducation et des services financiers doit donc intégrer cette fracture territoriale.
L’enjeu est majeur pour l’Afrique. Alors que le continent s’urbanise rapidement et cherche à accélérer sa transformation numérique et énergétique, laisser les femmes rurales à distance de ces mutations reviendrait à maintenir une importante partie de la population en dehors des principaux leviers du développement. La réduction du fossé entre villes et campagnes apparaît ainsi comme une condition essentielle d’une véritable égalité entre les femmes africaines.