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Zimbabwe, quand les oligarques s’invitent au cœur de l’État
Près de 20 millions de dollars en cadeaux, des ministres, des proches du président et une star américaine sur scène. Un mariage organisé près de Harare a exposé au grand jour les liens étroits entre la nouvelle élite économique et le pouvoir zimbabwéen
 

(AfriquesPlus) - Un mariage célébré fin mai dans un club de polo aux abords de Harare est devenu le symbole de l’influence grandissante d’hommes d’affaires proches du pouvoir au Zimbabwe. Dans une enquête publiée le 10 août 2026 par Bloomberg, le journaliste Antony Sguazzin décrit une cérémonie où les cadeaux en espèces, terrains, véhicules de luxe et bétail rare auraient atteint près de 20 millions de dollars.

Le marié est le fils de Kudakwashe Tagwirei, conseiller présidentiel et homme d’affaires sous sanctions américaines et britanniques pour des accusations de corruption qu’il conteste. Le couple aurait reçu 17,5 millions de dollars en espèces et en terrains de la part du père du marié. La cérémonie a réuni des ministres, des entrepreneurs liés au pouvoir, des fils du président Emmerson Mnangagwa et le chef de l’État lui-même ; le groupe américain Boyz II Men s’est produit lors de la réception.

Selon Bloomberg, cet événement illustre le poids croissant d’une nouvelle élite économique au sein de la Zanu-PF, le parti au pouvoir depuis l’indépendance en 1980. Plusieurs entrepreneurs ont accumulé des fortunes dans les marchés publics, le secteur minier et les contrats d’État, sur fond de hausse des cours de l’or et du platine ainsi que du développement du lithium, dont le Zimbabwe est devenu un fournisseur important pour la Chine.

Cette classe d’affaires a consolidé son influence politique au moment où le pays adoptait une réforme prolongeant jusqu’en 2030 le mandat du président Mnangagwa, âgé de 83 ans, et remplaçant l’élection présidentielle directe par une désignation parlementaire. Le président a présenté ce changement comme une décision « collective ».

Le politologue Stephen Chan, de la School of Oriental and African Studies de Londres, y voit « le début d’un État à parti unique », mais aussi d’un « État-parti oligarchique ». Le patron de presse Trevor Ncube estime, lui, que les principaux acteurs économiques cherchent à garantir leur accès au pouvoir, quelle que soit l’issue de la succession présidentielle.

La réforme a cependant exacerbé les rivalités internes. Le vice-président Constantino Chiwenga a dénoncé l’influence d’une clique d’hommes d’affaires, qu’il a qualifiée de « Zvigananda », terme shona renvoyant à des tiques gorgées de sang. Il a mis en garde contre les conséquences d’une prolongation de mandat qui éloignerait encore davantage le Zimbabwe des promesses de réformes démocratiques attendues par ses créanciers internationaux.

Toujours selon Bloomberg, Harare demeure en défaut de paiement auprès de bailleurs internationaux, tandis que la reprise des financements extérieurs reste conditionnée au règlement des arriérés et à la mise en œuvre de réformes politiques. Dans ce contexte, le mariage de Harare apparaît moins comme une simple fête privée que comme l’exposition publique d’une nouvelle architecture du pouvoir zimbabwéen.

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