(AfriquesPlus) - Dans une analyse publiée le 10 août 2026 par le Nigerian Economic Summit Group (NESG), son directeur général, Dr. Tayo Aduloju, estime que l’Afrique fait face en 2026 à un test majeur de résilience. Selon lui, la croissance du continent reste globalement positive, mais elle masque de fortes disparités entre les pays et au sein des sociétés.
L’auteur décrit un environnement mondial marqué par la combinaison de plusieurs chocs : conflits géopolitiques, tensions énergétiques, dette, changement climatique, fragmentation commerciale, insécurité alimentaire et bouleversements technologiques. Ces risques ne se succèdent plus séparément. Ils se renforcent et se transmettent rapidement aux marchés, aux États, aux entreprises et aux ménages. « L’Afrique possède une résilience réelle. Mais sa répartition ne l’est pas », explique-t-il.
Pour Aduloju, la croissance économique ne suffit donc plus à mesurer la solidité d’un pays. Un État peut afficher de bons indicateurs macroéconomiques tout en connaissant une dégradation du pouvoir d’achat, une hausse de l’insécurité alimentaire ou des difficultés croissantes pour les entreprises. La véritable résilience dépendrait surtout de la capacité des gouvernements à anticiper les chocs, à identifier leurs mécanismes de transmission et à protéger les secteurs les plus vulnérables.
L’analyse insiste également sur la nécessité de mieux utiliser les périodes favorables. Les pays africains disposant de réserves, d’infrastructures productives, d’institutions solides et d’un accès aux marchés régionaux seraient mieux placés pour absorber les nouvelles perturbations. À l’inverse, les économies confrontées à une dette élevée, à l’inflation, à l’insécurité ou à de faibles capacités d’exécution resteraient particulièrement exposées.
Aduloju appelle notamment les gouvernements à transformer l’intégration régionale en véritable outil de résilience. La ZLECAf, la CEDEAO, les systèmes de paiement régionaux, les corridors logistiques et le financement du commerce devraient, selon lui, être considérés comme des infrastructures stratégiques plutôt que comme de simples instruments diplomatiques.
Le cas du Nigeria
L’analyse accorde une place importante au Nigeria, présenté comme un cas emblématique du passage de la stabilisation macroéconomique à l’amélioration concrète des conditions de vie.
Le pays aurait enregistré des progrès sur plusieurs fronts au cours des dernières années : fonctionnement du marché des changes, amélioration des recettes publiques, renforcement des réserves extérieures, développement du raffinage domestique et modération de l’inflation selon la nouvelle série statistique.
Mais ces avancées ont eu un coût social important. Les ménages et les entreprises ont subi la hausse des prix alimentaires, des transports, de l’électricité, des loyers, des soins et du crédit. Pour l’auteur, cette réalité impose désormais une nouvelle étape aux autorités : « La stabilisation macroéconomique était nécessaire ; les sacrifices consentis par les citoyens créent désormais une obligation urgente d’accélérer sa traduction en meilleures conditions de vie. »
Aduloju ne préconise pas un abandon des réformes. Il appelle plutôt à les compléter par des politiques capables de transformer la stabilité économique en emplois, investissements, alimentation abordable, énergie fiable, crédit accessible et services publics plus efficaces.
Il recommande notamment de renforcer les mécanismes de protection sociale, d’améliorer l’exécution budgétaire, de rapprocher les politiques monétaire et budgétaire, de soutenir la production locale et de faire de la politique commerciale un levier de développement industriel.
L’auteur propose également de revoir la manière dont les gouvernements évaluent leurs politiques. Les indicateurs classiques, inflation, croissance, réserves ou recettes publiques, devraient être complétés par des données portant sur le crédit productif, l’exécution des projets, le coût de la logistique, l’accès à l’électricité, le prix des denrées, les revenus réels et l’emploi. « Le plus solide argument en faveur des réformes ne sera pas un argument plus convaincant. Ce sera un mécanisme de transmission plus efficace », estime l'auteur.
Pour Aduloju, le véritable enjeu de 2026 est donc celui de la conversion : transformer les progrès macroéconomiques et les capacités de résistance aux chocs en résultats visibles dans la vie quotidienne. La résilience africaine ne se mesurera plus seulement à la capacité des États à absorber les crises, mais à leur aptitude à en limiter les coûts sociaux et à utiliser les périodes de stabilisation pour construire une économie plus productive, plus inclusive et moins vulnérable.