(AfriquesPlus) - Quatre mois après l'émission de 1,25 milliard de dollars de dette Eurobond par la République démocratique du Congo, une partie de cette somme très attendue reste inutilisée dans les banques, alors que l'État continue de payer des intérêts dessus. C'est ce que rapporte RFI dans un article publié le 11 août 2026 par son correspondant à Kinshasa, Pascal Mulegwa, qui pointe une controverse naissante sur la pertinence d'avoir mobilisé l'intégralité de cet emprunt d'un coup.
Sur le milliard et quart de dollars levé en avril, seuls 650 millions de dollars sont programmés pour être dépensés cette année, et 138 millions seulement l'auraient été effectivement à ce jour. Un député du parti présidentiel, Flory Mampaboli, estime que les 600 millions de dollars encore inutilisés font supporter à l'État des intérêts alors qu'aucun besoin immédiat ne les justifiait, suggérant que Kinshasa aurait pu évaluer ses besoins de façon prématurée en levant trop d'obligations d'un seul coup.
Le ministère des Finances rejette cette lecture. Il assume ce choix, qu'il présente comme relevant « d'une ingénierie financière et d'une transparence historique ». Selon lui, une première émission souveraine sur les marchés internationaux obéit à une logique plus large qu'une simple ligne de crédit, il s'agit d'un acte stratégique et souverain destiné à asseoir la crédibilité financière du pays, attirer des investisseurs et établir une référence pour le coût de la dette congolaise. Le ministre répond par ailleurs que les fonds non décaissés sont placés auprès de banques commerciales et génèrent des revenus qui réduisent ce coût de portage, en attendant d'être dépensés dans d'autres projets l'année prochaine. Mobiliser immédiatement l'argent permettrait aussi, selon lui, de se prémunir contre une remontée future des taux ou un accès plus difficile aux marchés.
Les fonds doivent notamment financer la route nationale numéro 4, des aéroports, une partie de la rocade de Kinshasa et des projets énergétiques, que le gouvernement qualifie de « projets structurants et créateurs des externalités positives ».