(AfriquesPlus) - Invité de TV5 Monde, le docteur Al-Hamdou Dorsouma, expert climat à la Banque africaine de développement (BAD), a alerté sur la gravité du prochain épisode El Niño, attendu pour 2026-2027. Selon lui, le phénomène, bien que global, aura des répercussions régionales particulièrement lourdes sur le continent africain, déjà fragilisé par les tensions au Moyen-Orient et la flambée des prix du carburant.
Le terme de « super El Niño » ne fait pas encore consensus scientifique, mais traduit une inquiétude réelle. Les experts craignent en effet un épisode plus destructeur que celui de 1997, jusqu'ici le plus dévastateur enregistré. Ce nouvel épisode survient dans un contexte de changement climatique anthropique déjà accéléré, sur un continent que le docteur Dorsouma décrit comme l'un des plus vulnérables au monde face à ces bouleversements.
Le secteur agricole, pilier des économies africaines, est identifié comme le plus exposé. Les déficits pluviométriques attendus devraient entraîner insécurité alimentaire, pertes de récoltes et de bétail. L'expert de la BAD pointe également un risque sur les ressources en eau, avec des conséquences pour l'irrigation mais aussi pour l'approvisionnement des barrages hydroélectriques, source majeure d'électricité dans de nombreux pays africains.
Sur le plan financier, la BAD chiffre le coût potentiel de cet épisode entre 10 et 20 milliards de dollars par an pour les économies africaines, une estimation établie à partir des précédents de 2023-2024 et de 1997-98.
Face à ce risque, le docteur Dorsouma appelle les États africains à renforcer leurs plans nationaux de préparation aux catastrophes, tout en insistant sur le fait que l'anticipation coûte nettement moins cher que la réponse humanitaire post-catastrophe. La BAD indique de son côté réactiver ses mécanismes de financement pour accélérer les décaissements et accompagner les pays membres sur le plan technique et financier.
Parmi les outils mis en avant figure l'assurance indicielle paramétrique, développée par la BAD en collaboration avec la Mutuelle africaine des risques, censée permettre un déploiement rapide de ressources auprès des paysans et populations affectées avant même la survenue de la crise.