(AfriquesPlus) – La crise humanitaire s’aggrave au Soudan du Sud, où le manque de financements pourrait priver des centaines de milliers de réfugiés et demandeurs d’asile d’une aide alimentaire essentielle dès septembre. Les agences des Nations unies redoutent que cette situation pousse certains d’entre eux à retourner vers le Soudan, malgré la poursuite du conflit.
Dans un article publié le 14 août 2026, Reuters, sous la plume d’Olivia Le Poidevin, rapporte que plus de 650 000 réfugiés et demandeurs d’asile au Soudan du Sud risquent de perdre l’accès à l’aide alimentaire dans les prochaines semaines. Le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) alertent sur les conséquences d’un déficit de financement devenu critique.
Les dernières distributions destinées aux 240 000 réfugiés les plus vulnérables encore bénéficiaires devraient avoir lieu en septembre si aucun financement supplémentaire n’est obtenu rapidement. Ces familles reçoivent déjà des rations réduites de moitié, après plusieurs diminutions de l’aide décidées par le PAM en raison de ses contraintes budgétaires.
« Ce n’est pas un scénario futur. C’est malheureusement une réalité qui se produira dans les prochaines semaines », a déclaré à des journalistes à Juba Adham Effendi, directeur adjoint du PAM au Soudan du Sud.
À partir d’octobre, aucun réfugié dans le pays ne pourrait ainsi continuer à bénéficier d’une assistance alimentaire, selon Mesfin Degefu, représentant adjoint du HCR. Les conséquences se font déjà sentir dans les communautés concernées : certaines familles réduisent le nombre de repas, vendent leurs biens, retirent leurs enfants de l’école ou s’endettent pour pouvoir se nourrir.
Les femmes et les enfants sont également exposés à un risque accru d’exploitation et de violences. Face à la dégradation des conditions de vie, certains réfugiés ont déjà demandé au HCR de faciliter leur retour au Soudan. L’agence onusienne estime pourtant que les conditions ne sont pas suffisamment sûres pour permettre un retour.
Cette situation intervient alors que le Soudan du Sud traverse lui-même l’une des crises alimentaires les plus graves au monde. Plus de 7,8 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Quelque 2,2 millions d’enfants souffrent par ailleurs de malnutrition aiguë.
Dans le même temps, le pays continue d’accueillir des populations fuyant le conflit au Soudan voisin, déclenché en 2023. Environ 3 000 réfugiés et personnes de retour arrivent chaque semaine au Soudan du Sud, selon les agences de l’ONU.
Le PAM prévoit de nouvelles réductions de l’aide. Dès octobre, environ 180 000 personnes déplacées à l’intérieur du Soudan du Sud pourraient perdre leur assistance alimentaire. En novembre, quelque 600 000 personnes vivant dans des zones exposées au risque de famine pourraient à leur tour être privées d’une aide vitale.
Le PAM estime à 37 millions de dollars ses besoins pour financer ses opérations en faveur des réfugiés entre octobre et décembre. De son côté, le HCR indique n’avoir reçu que 28 % des 286 millions de dollars nécessaires pour financer ses activités au Soudan du Sud en 2026.
Le déficit de financement menace également les programmes destinés à rendre les réfugiés plus autonomes, notamment dans l’agriculture, la formation professionnelle et les activités génératrices de revenus. Pour les agences des Nations unies, l’enjeu dépasse donc la seule distribution alimentaire : il s’agit aussi d’éviter que la crise financière ne compromette les efforts visant à réduire la dépendance des populations déplacées à l’aide humanitaire.