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Comment Khalifa Haftar s'est imposé comme faiseur de rois sécuritaire dans le Sahel
Enlevé au Niger et détenu par une filiale de l'État islamique, le missionnaire américain Kevin Rideout doit sa libération à un acteur inattendu : les autorités de l'est libyen. Une enquête de Reuters lève le voile sur un axe Benghazi-Sahel
 

(AfriquesPlus) - Selon une enquête de Jessica Donati et David Lewis publiée par Reuters le 14 août 2026, les autorités contrôlant l'est de la Libye auraient joué un rôle déterminant dans la libération de Kevin Rideout, missionnaire américain enlevé au Niger l'an dernier et détenu depuis par une filiale sahélienne de l'organisation État islamique.

Ce que révèle surtout cette enquête, c'est l'existence d'un axe Benghazi-Sahel jusqu'ici resté dans l'ombre. Officiellement, la thèse de la négociation l'emporte : la majorité des sources consultées par Reuters évoquent un accord, l'une d'elles allant jusqu'à mentionner le versement d'une rançon. Mais l'establishment militaire de Haftar défend un tout autre récit, plus flatteur pour son image de force de frappe régionale : celui d'une incursion armée menée par un commando d'élite de l'Armée nationale libyenne (ANL) directement en territoire malien, suivie d'un rapatriement de l'otage vers Benghazi. Reuters n'a pas été en mesure de confirmer cette seconde version.

Le parcours de Kevin Rideout illustre la dégradation sécuritaire qui frappe le Sahel. Employé de l'organisation évangélique Serving in Mission, il avait été intercepté par trois individus alors qu'il rejoignait l'aéroport de Niamey, avant d'être conduit vers la région de Tillabéri, dans l'ouest nigérien, un territoire où se chevauchent les zones d'influence de groupes liés à l'État islamique et à Al-Qaïda. Sa disparition avait rapidement pris une dimension diplomatique : Washington en avait fait l'une de ses priorités régionales, allant jusqu'à lever certaines sanctions visant des responsables maliens dans l'espoir de faciliter les recherches par voie aérienne.

C'est dans ce contexte tendu qu'intervient, selon Reuters, l'homme d'affaires malien Cherif Ould Tahar, présenté comme la cheville ouvrière des tractations récentes grâce à ses réseaux tissés avec des groupes armés et des filières de contrebande régionales. Il n'a pas pu être joint par l'agence. Sur ce qui a réellement été échangé contre la libération du missionnaire, le flou demeure. Une seule source évoque une rançon payée côté libyen, sans en préciser le montant ni les modalités.

Interrogées par Reuters, les autorités américaines n'ont livré aucun élément permettant d'éclaircir le rôle exact de Haftar. Le département d'État a décliné tout commentaire, la Maison Blanche n'a pas donné suite aux sollicitations, et Donald Trump s'est limité, sur les réseaux sociaux, à saluer le retour prochain de Rideout sur le sol américain.

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