(AfriquesPlus) - Cinq ans après le Brexit, le Royaume-Uni voit resurgir une faille de son dispositif de régularisation des citoyens européens. Des ressortissants européens noirs, à qui le Home Office avait accordé un statut de résidence temporaire, découvrent plusieurs années après que cette autorisation aurait été délivrée « par erreur ». Pour certains, les échéances arrivent dès juillet 2026, avec le risque de basculer dans l’irrégularité après avoir pourtant installé leur vie et leur famille au Royaume-Uni.
Dans une enquête publiée le 20 juillet 2026, Diaspora Africa, sous la plume d’Isah Madachi, documente cette situation à travers les témoignages de plusieurs familles confrontées à la remise en cause de leur Pre-Settled Status, accordé dans le cadre du dispositif mis en place après le Brexit.
Le cas de Yahya, ressortissant néerlandais, illustre cette situation. Il avait obtenu son statut en 2021 avant de faire venir sa famille au Royaume-Uni en 2023. Ses enfants y sont désormais scolarisés et son épouse y travaille. Mais les démarches engagées pour régulariser ses proches ont conduit le Home Office à réexaminer son propre dossier. L’administration lui a ensuite indiqué que son statut avait été accordé « par erreur » et qu’il expirerait en septembre 2026 s’il ne fournissait pas les éléments demandés.
Yahya affirme ne plus savoir quelle issue envisager alors que toute sa famille s’est désormais installée au Royaume-Uni. Ses enfants, dit-il, se sont intégrés à leur nouvel environnement au point d’avoir perdu une partie de leurs repères aux Pays-Bas.
Une situation similaire concerne Abina, qui avait obtenu son Pre-Settled Status en 2021 avant d’installer sa famille au Royaume-Uni. Après avoir entrepris des démarches pour ses quatre enfants, l’administration a également réexaminé son dossier et considéré que son propre statut avait été accordé à tort. Les demandes de ses enfants ont été rejetées et sa fille aînée s’est notamment retrouvée confrontée à des difficultés pour accéder à l’université.
L’enquête met ainsi en évidence un schéma qui se répète : un statut accordé, une vie construite sur la base de cette décision, puis un réexamen administratif plusieurs années plus tard. Selon des associations de défense des Européens noirs, d’autres familles seraient confrontées à la même situation, mais certaines hésiteraient à témoigner ou à entreprendre de nouvelles démarches par crainte de déclencher un examen de leur propre statut.
Le problème concerne le EU Settlement Scheme, instauré après l’accord de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. Le Pre-Settled Status permettait aux citoyens européens concernés de résider légalement au Royaume-Uni pendant une période temporaire, avec la possibilité d’obtenir ensuite un statut permanent.
Selon une estimation citée par Diaspora Africa et attribuée au groupe Black Europeans, jusqu’à 800 000 citoyens européens issus de minorités pourraient être concernés par une forme d’insécurité liée à leur statut. Les conséquences d’une perte de résidence pourraient être importantes : difficultés à travailler, louer un logement, accéder aux soins ou poursuivre des études.
L’affaire intervient également sur fond de préoccupations plus larges concernant les discriminations envers les citoyens européens au Royaume-Uni depuis le Brexit. L’Independent Monitoring Authority indique que 35 % des citoyens européens et de l’Espace économique européen interrogés estiment avoir subi des discriminations de la part d’organismes publics depuis le Brexit. Une recherche commandée par la délégation de l’Union européenne au Royaume-Uni a, de son côté, alerté sur le risque de situations pouvant rappeler le scandale Windrush, qui avait concerné des ressortissants caribéens pourtant autorisés à vivre légalement au Royaume-Uni.
Les premières échéances arrivent dès le 22 juillet 2026, avant d’autres dates prévues en septembre, octobre et dans les mois suivants. L’enquête souligne que le Home Office n’a pas publié de données permettant de mesurer précisément le nombre de statuts Pre-Settled réexaminés ou considérés comme accordés à tort.
Diaspora Africa indique avoir sollicité à plusieurs reprises le Home Office pour obtenir sa réaction, sans réponse au moment de la publication.
Plusieurs pistes sont avancées par les organisations de défense des droits : suspendre les réexamens contestés, accorder un statut permanent aux personnes déjà affectées, prolonger les délais et instaurer des procédures de recours plus accessibles. Pour les familles concernées, l’urgence est désormais de faire reconnaître un droit au séjour sur lequel elles ont fondé leur travail, leur logement et leur vie familiale.