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Plongée au cœur des internats kényans en pleine implosion
Écrasés par une discipline de fer, des emplois du temps militaires et des conditions de vie précaires, les lycéens usent désormais d'une méthode radicale pour faire plier l'administration : incendier leurs propres dortoirs
 

(AfriquePlus) - Au Kenya, l'enseignement public traverse une crise sans précédent, marquée par une vague d'incendies criminels et de mutineries dans les internats. Depuis le drame de l'internat de filles Utumishi fin mai, où 16 adolescentes ont péri dans les flammes de leur dortoir [,], la contestation étudiante ne faiblit pas. Au cœur du brasier : des conditions de vie jugées insupportables par les jeunes, qui réclament, parfois par la force, le droit à la liberté.

Dans un article publié le 3 août 2026 par le quotidien français Le Monde, la correspondante à Nairobi, Eugénie Tenezakis, décrit un système au bord de l'implosion. Début juin, le ministère de l'Éducation recensait déjà 204 établissements touchés par des dégradations. À la Lang’ata Boys High School de Nairobi, dont les dortoirs ont été incendiés le 11 juillet, le principal Paul Ojera ne se voile pas la face : « Le but principal de ces révoltes, c’est la liberté. Les élèves veulent une pause, ils veulent sortir de l’école ».

Véritables piliers de l'enseignement secondaire, les pensionnats accueillent aujourd'hui la majorité des lycéens kényans et près d'un tiers des élèves du primaire. Conçus initialement par les missionnaires pour scolariser les enfants des régions isolées, ils sont désormais décriés pour leur discipline de fer. 

Le quotidien de ces jeunes, souvent éloignés de leurs familles des mois durant, est rythmé par des emplois du temps militaires. « On se lève à 4 heures. Les cours s’enchaînent jusqu’à 22 heures [...]. On n’a quasi pas de temps libre, et il est supervisé », témoigne Thomas Luis, un élève de terminale interrogé par Le Monde.

À ce manque de liberté s'ajoutent des infrastructures vétustes, des classes surchargées — parfois jusqu'à 70 élèves — et une alimentation carencée. Le budget public, gelé depuis dix ans malgré l'inflation, asphyxie les établissements. La frustration des élèves, exacerbée par des châtiments corporels censés être interdits, explose pour des motifs qui peuvent paraître dérisoires de l'extérieur : l'interdiction de regarder un match de la Coupe du monde à Nairobi, ou un menu modifié sans préavis à Nakuru.

Le feu comme seul moyen d'expression

Face à une administration sourde, la violence s'est imposée comme l'ultime recours. « Mettre le feu, c’est le moyen le plus rapide d’être renvoyé chez soi. Il n’y a pas de volonté de nuire, c’est le seul moyen d’être entendu », justifie froidement le jeune Thomas Luis. Un effet de contagion s'est rapidement installé à l'échelle nationale, facilité par l'accès à l'information et la volonté d'émancipation d'une génération qui, selon le lycéen, « connaît mieux ses droits que les précédentes ».

La réponse du gouvernement de William Ruto reste pour l'heure inadaptée aux yeux des acteurs éducatifs. Outre le refus de dédommager les écoles vandalisées, la création d'un énième groupe de travail sur le sujet a provoqué l'ire de la profession, qui rappelle que des solutions — comme la hausse des budgets ou la transition vers des externats — ont déjà été proposées. 

En 2022, un plan d'abolition des internats primaires avait d'ailleurs été annoncé, avant d'être abandonné. En attendant de véritables négociations réclamées par les associations étudiantes, le système scolaire kényan continue de se consumer.

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