(AfriquePlus) - Le réchauffement de la planète ne modifie pas seulement les paysages, il redessine aussi les frontières des maladies mortelles. En Afrique, continent le plus touché par le paludisme avec 94% des cas mondiaux, les dynamiques de transmission sont en pleine mutation. Selon un reportage du correspondant de RFI à Johannesbourg, Valentin Hugues, publié ce 3 août 2026, la hausse des températures pousse les moustiques vecteurs de la maladie vers de nouvelles zones, menaçant des régions jusqu'ici relativement préservées.
Une récente étude parue dans la prestigieuse revue scientifique Nature dresse un tableau contrasté de l'évolution de la maladie d'ici 2100. Si l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale pourraient voir leurs taux d'infections reculer, l'Afrique australe s'apprête à faire face à une détérioration de la situation.
Historiquement épargnée grâce à son climat plus frais, l'Afrique du Sud subit de plein fouet les conséquences des bouleversements climatiques. « La planète se réchauffe et les températures se rapprochent du seuil optimal de transmission du paludisme », explique le journaliste de RFI. Ce réchauffement, couplé à l'augmentation de l'humidité et à l'intensification des événements météorologiques extrêmes — à l'image des graves inondations qui ont frappé la région cette année —, offre un terreau idéal pour la reproduction des moustiques [,].
Des études complémentaires soulignent par ailleurs que ces nouvelles conditions climatiques renforcent l'immunité et accélèrent la croissance des moustiques, compliquant d'autant la lutte antivectorielle.
Les conséquences de ces changements sont déjà mesurables sur le terrain. Dans la province du Gauteng, qui abrite la capitale économique Johannesburg et où la maladie n'est normalement pas endémique, les autorités sanitaires s'alarment. Au cours du premier trimestre 2026, la région « a enregistré deux fois plus de cas que l’année précédente à la même période, avec 11 décès en seulement trois mois », une tendance confirmée par les autorités locales qui recensent plus de 400 infections, principalement importées à la suite des voyages des fêtes de fin d'année [,]
Face à ces données, le docteur Christopher Trisos de l'Université du Cap, co-auteur de l'étude parue dans Nature, cité par RFI, se veut pragmatique. Loin du simple catastrophisme, il estime que cette modélisation scientifique « permet surtout une meilleure anticipation des pouvoirs publics sud-africains ». Une anticipation vitale, car d'ici 2050, le réchauffement climatique pourrait être responsable de centaines de milliers de morts supplémentaires liées au paludisme sur le continent.