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La guerre en Iran creuse le fossé des inégalités en Angola
La fracture sociale n'a jamais été aussi criante dans ce pays dirigé par le même parti depuis son indépendance. Si le conflit américano-iranien gonfle les recettes de l'État, les citoyens ordinaires, eux, luttent au quotidien pour se nourrir
 

(AfriquePlus) - Si les bombardements américains et israéliens en Iran semblent lointains depuis les ruelles d'Angola, l'onde de choc économique de ce conflit n'a pas épargné le pays, bien au contraire. Dans un reportage immersif publié par le Washington Post le 31 juillet 2026, les journalistes Rachel Chason, Rael Ombuor et Carmen Yasmine Abd Ali mettent en lumière une réalité glaçante : la guerre au Moyen-Orient creuse dramatiquement le fossé entre l'élite angolaise et une population déjà plongée dans la précarité.

Au cœur du marché de Catinton, dans la capitale Luanda, les marchands subissent de plein fouet l'inflation galopante des produits de première nécessité. Verónica Simon et Isabelle Ferreira, vendeuses de poivrons, peinent désormais à réunir de quoi scolariser leurs enfants. « Depuis février, ont-elles raconté, le prix de gros d'une caisse de poivrons a été multiplié par quatre ». Pourtant, ni l'une ni l'autre n'avait entendu parler de la guerre avec l'Iran, précise le Washington Post. Elles ne constatent que la chute brutale de leurs revenus, qui dépassent rarement les 2,50 dollars par jour. « Ce n'est pas assez, mais que pouvons-nous faire ? », s'interroge Verónica Simon.

Ce choc inflationniste qui touche l'alimentation, les carburants et les engrais vient s'ajouter aux fragilités d'un pays de 40 millions d'habitants où, malgré les richesses du sous-sol, la moitié de la population vit avec moins de 3,65 dollars par jour. Dans les quartiers informels comme Bairro da Lixeira, perchés au-dessus de Luanda sans eau ni électricité fiable, la désillusion est totale. Joveth Hebo, contraint d'abandonner ses études d'avocat pour survivre en fouillant les ordures, constate froidement : « Tous les Africains souffrent ».

L'aubaine pétrolière d'une élite indifférente

Paradoxalement, cette guerre constitue une véritable aubaine financière pour le gouvernement angolais. L'Angola figure en effet parmi les rares exportateurs pétroliers à ne pas dépendre du détroit d'Ormuz, verrouillé par les tensions dans le Golfe. Résultat : le pays tire un profit colossal de la flambée de l'or noir. Alors que le budget 2026 de l'État avait été calibré sur un baril à 61 dollars, le Brent s'échange aujourd'hui autour de 87 dollars.

Cette manne providentielle alimente les caisses d'un État dont le pétrole représente « environ 30% du PIB [...], 65% des recettes publiques et plus de 95% des exportations physiques », rappelle le quotidien américain. Si le gouvernement, sous la pression des élections prévues l'année prochaine, affirme utiliser ces fonds pour rembourser la dette publique ou créer des réserves stratégiques de nourriture et de médicaments, ces annonces peinent à convaincre les citoyens.

Dans un pays dirigé sans discontinuer par le même parti (le MPLA) depuis son indépendance, et souvent secoué par des manifestations contre la corruption endémique, la population reste persuadée que les fruits de cette croissance ne redescendront jamais dans la rue. « Cela ne nous aidera pas. Cela les aidera eux », conclut Joveth Hebo, résigné. « La majorité d'entre nous souffre, et ils ne se soucient pas de nous ».

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