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Howard Zinn, l'historien que Trump veut effacer des écoles
Mort en 2010, cet intellectuel continue de hanter les débats sur l'enseignement de l'histoire aux États-Unis. Un nouvel ouvrage retrace pourquoi son travail reste aussi menaçant pour certains qu'émancipateur pour d'autres
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=QO1ReRjBpGc

(AfriquePlus) - Sportswriter reconnu, Dave Zirin change de registre pour raconter soixante-dix ans d'engagement d'un historien qui refusait la neutralité. Son nouvel ouvrage, The People's Historian, éclaire les zones d'ombre d'un intellectuel toujours au cœur des batailles culturelles américaines.

Selon Dave Zirin, interrogé par Amy Goodman sur Democracy Now, Howard Zinn a connu plus de soixante-dix ans d'activisme, dont soixante-quatre années aux côtés de sa compagne Rosalyn Shechter Zinn. L'auteur rappelle que Zinn fut, dans les années 1930, un jeune organisateur syndical en pleine Grande Dépression, avant de s'engager comme bombardier durant la Seconde Guerre mondiale, par haine du fascisme, alors qu'il n'était jamais monté dans un avion auparavant.

Dans les années 1950, il enseigne au Spelman College, une université historiquement noire d'Atlanta, où il forme une génération de femmes marquantes comme l'écrivaine Alice Walker ou la militante Marian Wright Edelman. Il est finalement renvoyé de l'établissement pour avoir soutenu ses étudiantes dans leur lutte contre les lois Jim Crow et contre le patriarcat sur le campus. Il rejoint ensuite les rangs du Student Nonviolent Coordinating Committee, aux côtés de figures comme Stokely Carmichael et Bob Moses, puis s'engage contre la guerre du Vietnam, voyageant jusqu'à Hanoï en pleine offensive du Têt.

Zirin révèle également un pan méconnu de la vie de Zinn : son passé de bombardier ayant largué du napalm sur la ville française de Royan. Selon le journaliste, Zinn a passé des décennies, discrètement, à écrire au Pentagone pour obtenir la vérité sur les bombardements de civils, conservant un dossier sur lequel il avait inscrit « Plus jamais ça ». Dans un extrait d'archive de Democracy Now, l'historien confiait lui-même n'avoir vraiment pris conscience des effets humains de ces bombardements qu'après la guerre, en lisant les témoignages des survivants d'Hiroshima.

L'ouvrage rappelle enfin combien l'héritage de Zinn reste disputé politiquement : Donald Trump avait, lors de son premier mandat, accusé son travail d'« endoctrinement » des jeunes générations. Une controverse que l'acteur Matt Damon, ancien voisin de la famille Zinn dans le Massachusetts, tourne en dérision dans le livre, ironisant sur le fait que la lecture d'un chapitre sur Christophe Colomb à l'âge de dix ans aurait pu marquer, selon les mots de Trump, « le début de son endoctrinement ».

Selon Dave Zirin, sportswriter au Nation, ce qui l'a le plus frappé dans ses recherches, c'est la capacité de Zinn à traverser les périodes de découragement sans jamais renoncer, une leçon qu'il juge précieuse pour les mouvements sociaux actuels.

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