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Kenya, les nouveaux emprunts de l’État ravivent les inquiétudes sur la dette publique
L’État kényan a contracté sept nouveaux financements en quatre mois, alors que le service de la dette absorbe déjà près de neuf dixièmes des dépenses du Consolidated Fund Services. Une dynamique qui réduit davantage les marges budgétaires...
 

(AfriquesPlus) – Le Kenya a emprunté 416,2 milliards de shillings au cours des quatre premiers mois de 2026, soit environ 3,47 milliards de shillings par jour. Cette accélération de l’endettement intervient alors que la dette publique du pays atteint désormais près de 13 000 milliards de shillings, alimentant les inquiétudes sur la capacité de Nairobi à contenir ses besoins de financement et à préserver des marges de manœuvre budgétaires.

Daily Nation, dans un article publié le 3 août 2026 par David Mwere, rapporte que les sept nouveaux financements contractés entre le 1er janvier et le 30 avril représentent en moyenne 104,04 milliards de shillings par mois. Rapporté à l’heure, ce rythme équivaut à environ 144,5 millions de shillings d’emprunts supplémentaires. Les financements comprennent des prêts obtenus auprès de créanciers multilatéraux et commerciaux ainsi qu’une obligation souveraine internationale.

Selon le dernier rapport de la contrôleuse du budget, Margaret Nyakang’o, la dette publique s’élevait à 12,82 billions de shillings au 31 mars 2026. La dette intérieure représentait 7,14 billions de shillings, soit 56 % du total, tandis que la dette extérieure atteignait 5,68 billions, soit 44 %. Le stock total équivaut ainsi à environ 70 % du produit intérieur brut, au-dessus du seuil de 55 % approuvé par le Parlement.

La trajectoire pourrait encore se détériorer. Le rapport cité par Daily Nation indique que le ratio dette/PIB devrait rester élevé en raison d’un déficit budgétaire estimé à 6,4 %. Le Fonds monétaire international prévoit une progression de ce ratio à 71,6 % en 2026, puis à 72,4 % en 2027, contre un précédent pic de 73,4 % enregistré en 2023.

Cette pression est d’autant plus préoccupante que le service de la dette absorbe une part considérable des ressources publiques. Pour l’exercice 2025/2026, son allocation s’élevait à 1,90 billion de shillings, soit 89 % des dépenses du Consolidated Fund Services, contre 1,74 billion au cours de l’exercice précédent. Une telle concentration des ressources réduit mécaniquement les marges disponibles pour les investissements publics et les programmes de développement.

Les sept nouveaux financements comprennent notamment une obligation souveraine internationale de 291,49 milliards de shillings. S’y ajoutent deux financements consacrés au logement abordable, de 45,34 milliards et 16,2 milliards, ainsi qu’un financement additionnel de 29,15 milliards destiné au programme d’équité dans l’apprentissage de l’éducation primaire. Le Kenya a également contracté une facilité NEXI Samurai de 20,33 milliards, un financement de 9,8 milliards pour l’enseignement supérieur, les sciences et la technologie et 3,9 milliards consacrés à l’action climatique.

Cette dynamique intervient alors que la dette publique avait déjà progressé de 9 % entre juin 2025 et mars 2026, passant de 11,80 à 12,82 billions de shillings. La contrôleuse du budget alerte notamment sur les risques liés à l’exposition aux devises étrangères et aux variations des taux d’intérêt internationaux, susceptibles d’alourdir davantage le coût du service de la dette et les besoins de refinancement du pays.

La politique d’endettement actuelle contraste également avec les engagements formulés par William Ruto avant son élection en 2022. Alors candidat, l’actuel président avait promis de rompre avec une politique fondée sur l’emprunt et de privilégier les investissements, l’élargissement de l’assiette fiscale et les activités génératrices de revenus. Il avait même estimé que le recours à l’endettement pour financer le fonctionnement de l’État ne devait pas constituer une option sous son gouvernement.

Pourtant, un document présenté au Parlement en novembre 2025 par le gouverneur de la Banque centrale du Kenya, Kamau Thugge, indiquait déjà que l’administration Kenya Kwanza avait accumulé au moins 3 000 milliards de shillings de nouveaux emprunts au cours de ses trois premières années au pouvoir. La nouvelle accélération observée en 2026 renforce ainsi le paradoxe entre les promesses de réduction de la dette et la réalité des besoins de financement de l’État, alors que le poids du service de la dette continue de peser lourdement sur les finances publiques kényanes.

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