(AfriquesPlus) - La police sud-africaine renforce sa présence à Kempton Park et dans ses environs, dans la province du Gauteng, après la découverte des corps de huit femmes en l’espace de deux mois. Les enquêteurs cherchent à déterminer si ces affaires sont liées.
L’inquiétude grandit dans la province du Gauteng. Après la découverte de plusieurs corps de femmes dans différents secteurs d’Ekurhuleni, à l’est de Johannesburg, les autorités sud-africaines ont décidé d’intensifier les opérations de police dans la région de Kempton Park et ses environs. Un huitième corps a été découvert mardi, portant à huit le nombre de femmes retrouvées mortes depuis juillet dans cette zone.
Face à cette série de décès, les enquêteurs tentent désormais d’établir un éventuel lien entre les différentes affaires. Certaines victimes ont été retrouvées dénudées ou partiellement vêtues et plusieurs présentaient des signes laissant penser à des violences. Pour autant, la police n’a pas confirmé l’hypothèse d’un tueur en série. Elle examine plusieurs scénarios, notamment celui d’un ou de plusieurs auteurs, voire de crimes sans lien entre eux.
Une équipe multidisciplinaire de haut niveau a été constituée afin de coordonner les investigations. Elle réunit notamment des enquêteurs spécialisés, des experts médico-légaux, des équipes cynophiles et des spécialistes de la psychologie criminelle. Les forces de l’ordre ont également annoncé un renforcement massif de leur présence dans les quartiers concernés, notamment à travers l’opération Shanela. Une récompense de 400 000 rands a par ailleurs été proposée pour toute information susceptible de conduire à l’arrestation des responsables.
Ramaphosa exige des résultats
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a demandé que ces affaires soient traitées en priorité. Dans un message publié mardi, il a présenté ses condoléances aux familles et aux communautés touchées et assuré que les autorités feraient tout leur possible pour identifier les responsables.
« Aucun effort ne doit être ménagé », a-t-il déclaré en substance, en appelant également la population à transmettre aux enquêteurs toute information susceptible de faire avancer les investigations.
Le gouvernement tente ainsi de rassurer une population de plus en plus préoccupée par la sécurité des femmes dans les espaces publics. Dans les quartiers concernés, plusieurs habitantes disent désormais craindre de marcher ou de faire du sport seules. La police recommande notamment aux femmes d’éviter les zones isolées et, dans la mesure du possible, de ne pas courir ou se déplacer seules.
La disparition d’Elizabeth Moselakgomo a particulièrement marqué les esprits
Parmi les victimes figure Elizabeth « Tsontso » Moselakgomo, âgée de 38 ans. La mère de famille avait quitté son domicile de Kempton Park le 9 septembre pour aller courir. Son corps a été retrouvé quelques jours plus tard. Son décès a provoqué une vive émotion, notamment dans les milieux de la course à pied.
Des clubs de runners et des associations ont depuis organisé des courses en hommage aux victimes et pour réclamer davantage de sécurité pour les femmes. Ces mobilisations traduisent l’inquiétude croissante d'une partie de la population face aux violences faites aux femmes.
Une nouvelle illustration de la crise des violences faites aux femmes
Cette série de meurtres intervient dans un pays confronté depuis longtemps à des niveaux élevés de criminalité et de violences sexistes. Selon les dernières statistiques officielles citées par Reuters, l’Afrique du Sud enregistre environ 60 homicides par jour, tandis que les données couvrant la période d’avril à juillet 2026 font état de 5 427 meurtres, soit environ 45 par jour sur cette période.
La question des violences faites aux femmes demeure particulièrement préoccupante. Les données disponibles montrent l’ampleur du phénomène des violences sexuelles et physiques dans le pays, tandis que les organisations de défense des droits des femmes réclament depuis des années des mesures plus efficaces de prévention, de protection et de prise en charge des victimes.
La Commission pour l’égalité des sexes a notamment appelé à la mise en place urgente d’audits de sécurité dans les secteurs concernés : éclairage public, vidéosurveillance, transports, itinéraires piétonniers, espaces abandonnés et présence policière doivent être examinés afin d’identifier les facteurs susceptibles de favoriser les agressions.
À Kempton Park et dans les autres secteurs d’Ekurhuleni concernés, les habitants attendent désormais des réponses. Pour les enquêteurs, la priorité est double : déterminer rapidement les circonstances exactes de chacun des décès et établir, preuves à l’appui, si ces affaires sont liées. En attendant, la police promet une présence accrue sur le terrain et appelle la population à coopérer pour faire progresser l’enquête.