(AfriquesPlus) - La montée en puissance du raffinage local permet au Nigeria de réduire fortement ses importations de carburant, sans pour autant alléger la facture des consommateurs. Dans une tribune publiée ce 22 septembre 2026 par Al Jazeera, le chercheur nigérian Hakeem Najimdeen, directeur général d’Alafarika for Studies and Consultancy, analyse les effets de la raffinerie Dangote et les risques liés à la concentration du marché pétrolier.
Entrée en service en 2023, la raffinerie Dangote, installée dans la zone franche de Lekki, dispose désormais d’une capacité de traitement de 700 000 barils de pétrole brut par jour. L’investissement, évalué à environ 20 milliards de dollars, est présenté par son promoteur comme un projet majeur pour renforcer la sécurité énergétique du Nigeria et soutenir l’industrialisation du continent africain.
Cette évolution contraste avec la situation des anciennes raffineries publiques de Port Harcourt, Warri et Kaduna. Selon Hakeem Najimdeen, ces installations ont longtemps souffert de problèmes de fonctionnement, d’interférences politiques et de difficultés dans leur gestion. Les dépenses consacrées au cours des deux dernières décennies à leur réhabilitation et à leur maintenance sont estimées entre 18 et 25 milliards de dollars, alors que leur production est restée très faible pendant une grande partie de cette période.
Pendant des années, le Nigeria a ainsi exporté son pétrole brut tout en important une grande partie des carburants consommés sur son marché intérieur. Cette dépendance a pesé sur les réserves de change et les finances publiques, notamment à travers le coût des subventions aux carburants. La suppression de la subvention sur l’essence et la mise en place du mécanisme dit « crude-for-naira », permettant aux raffineries locales d’acheter du brut en monnaie nationale, ont ensuite cherché à modifier cette situation.
Les premiers effets sont visibles dans les volumes importés. Les importations d’essence sont passées d’environ 400 000 barils par jour en 2024 à près de 83 000 barils par jour en 2026, selon les chiffres cités dans la tribune. Le Nigeria reste donc dépendant des importations, mais dans une proportion nettement moindre.
Cette progression du raffinage national ne s’est toutefois pas accompagnée d’une baisse correspondante des prix à la pompe. Depuis la suppression de la subvention, le prix de l’essence est passé d’environ 185 nairas à plus de 1 000 nairas le litre. Cette hausse a contribué à renchérir les transports et les coûts de production, dans un contexte d’inflation et de difficultés croissantes pour les ménages.
Pour Hakeem Najimdeen, la question centrale est désormais celle de la concurrence. La réduction des importations ne garantit pas, à elle seule, que les consommateurs bénéficieront de prix plus bas. Un marché dominé par quelques grands producteurs et distributeurs peut réduire la pression concurrentielle et limiter la transmission des éventuelles économies réalisées grâce au raffinage local.
Les relations entre la raffinerie Dangote, les autorités de régulation et la compagnie pétrolière nationale NNPC ont d’ailleurs donné lieu à plusieurs différends depuis 2024. Ils ont notamment porté sur l’accès au pétrole brut, les autorisations d’importation de carburant et les règles applicables au marché intérieur.
L’auteur souligne néanmoins que Dangote doit elle-même composer avec des contraintes importantes. La raffinerie achète son pétrole brut à des prix liés au marché international et a parfois dû importer une partie de son approvisionnement en raison de l’insuffisance de l’offre nigériane. Les fluctuations du prix du pétrole et du naira continuent donc d’avoir un impact sur le coût du carburant.
Pour renforcer les bénéfices du raffinage local, Hakeem Najimdeen préconise notamment de renforcer les mécanismes de lutte contre les pratiques anticoncurrentielles, d’améliorer la transparence sur la formation quotidienne des prix et de garantir un accès équitable au marché pour les différents opérateurs. Il plaide également pour la remise en état des raffineries publiques et le développement de petites et moyennes unités de raffinage afin de diversifier l’offre.
La tribune propose enfin d’utiliser davantage les ressources publiques pour améliorer l’approvisionnement en électricité, les transports collectifs, la santé et l’éducation. Le développement du gaz naturel comprimé (GNC) est également présenté comme une piste pour réduire la dépendance à l’essence et au diesel, même si son déploiement reste encore insuffisant.
Pour l’auteur, le véritable enjeu de la transformation du secteur pétrolier nigérian est donc de dépasser la simple réduction des importations. Le développement du raffinage national doit aussi permettre d'améliorer la concurrence et de faire bénéficier davantage les consommateurs des gains liés à la production locale.